Bosnia’s future on two wheels

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Après avoir traversé la Serbie, j’arrive un soir d’automne en Bosnie-Herzégovine. La Bosnie, c’est un concentré d’abord de Yougoslavie et puis d’Europe. Sa capitale Sarajevo fut en 1914 le théâtre de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, l’héritier de l’Empire austro-hongrois et de sa femme Sophie Chotek, par un nationaliste serbe. Cet événement marque le début de la Première Guerre mondiale. La Bosnie, c’est aussi la guerre de Bosnie. Après la mort de Tito, des querelles nationalistes se font entendre de part et d’autre de la Yougoslavie. Et l’ultra-nationalisme serbe incite les républiques qui composent le pays à déclarer leur indépendance. Il en va de même pour la Bosnie. Mais la route sera plus longue car la Bosnie est la seule à être multiethnique. La Slovénie est majoritairement composée de Slovènes, la Croatie de Croates et la Serbie de Serbes. La Bosnie est composée de Serbes, de Croates et de musulmans ou Bosniaques. Les Serbes de Bosnie refusent de vivre dans un état où ils seront minoritaires. Le pays est malgré tout reconnu par la communauté internationale le 7 avril 1992. Mais les Serbes de Bosnie déclarent « leur » partie de la Bosnie indépendante. De plus, l’armée serbe se positionne à Sarajevo pour s’opposer à l’éclatement de la Yougoslavie. C’est le siège de Sarajevo qui fera des milliers de morts. Qui n’a pas en tête ces images de la guerre de Bosnie ? Tout à coup, la guerre semblait toute proche. C’est le président américain Bill Clinton qui réussira à mettre autour de la table les trois communautés de Bosnie (Croates, Serbes et musulmans) et non l’Union européenne, divisée sur la question de l’indépendance de la Bosnie. Le résultat des accords obtenus : un état multiethnique très divisé politiquement et aux institutions fortement décentralisées. En effet, la Bosnie est un État fédéral avec deux grandes entités, une pour les Croates de Bosnie et une pour les Serbes de Bosnie (appelée la « Republika Srspka » ou République serbe). Les Musulmans vivent dans toute la Bosnie. Chaque entité a son parlement, son président et ses compétences. Autre point commun des deux parties : l’entente est fragile et de façade entre les deux. Il n’est pas rare que les Serbes et les Croates claquent la porte du parlement fédéral de Bosnie, situé à Sarajevo.
Sarajevo, la capitale d’un pays qui existe tant bien que mal, vit sans complexe son multiculturalisme. Pendant la période yougoslave, les étrangers venaient à Belgrade pour étudier le modèle yougoslave, mais c’est à Sarajevo qu’on dansait et qu’on sortait. C’était la ville branchée de la Yougoslavie. Et sportive aussi, puisqu’elle organise les Jeux Olympiques en 1984. Aujourd’hui, Sarajevo est une ville particulièrement animée qui se refait chaque jour. Le cadre naturel qui entoure la ville invite à la balade, au VTT… Quant aux infrastructures des Jeux Olympiques, il ne reste plus que la piste de bobsleigh délabrée mais prisée des artistes… À Sarajevo, je rencontre Zejnil. Il est artisan dans le vieux centre qu’on appelle aussi le quartier turc. Les Turcs étaient les premiers habitants de Sarajevo. Le quartier est touristique, mais quelques artisans résistent encore entre les restaurants et les bars du quartier. Zejnil est ferrailleur et les cadres de vélo en acier, il connaît ! Pour le reste, cela pourrait être Istanbul, mais on est bien à Sarajevo. Quelques rues plus loin, je bavarde avec Juliet. Cette Australienne est venue en Bosnie faire des stages en ferronnerie. Elle a ouvert un lavoir (www.laundrolounge.net) à deux pas du centre-ville. Derrière ses machines à laver, elle dispose d’un petit atelier où elle fabrique des boucles d’oreilles et des colliers. Elle en vend parfois à ses clients, principalement des touristes. Dans son lavoir, on peut aussi voir ses œuvres et attendre son linge en lisant ou en bavardant. Juliet adore Sarajevo, mais déplore la lenteur de l’administration en Bosnie. Dans les quartiers à l’ouest du centre, une femme musulmane m’indique le chemin. Elle se sent bien à Sarajevo car il n’y a pas de quartier pour les uns ou pour les autres. « Regardez, il y a une mosquée et une église. C’était comme ça avant la guerre et le conflit n’a rien changé à la situation. » Si la Bosnie souffre encore (économiquement) de la guerre et des tensions qui subsistent au sein de ses peuples, Sarajevo démontre que l’inverse est possible. La ville ne compte qu’un bon demi-million d’habitant mais le dynamisme et les rencontres entre les gens de tout bord et de toutes ethnies (car oui, c’est par là que les conflits ont commencé) donnent envie de croire au meilleur. Oui, les marques du temps confectionnent l’univers mental et physique des gens. Il y a des guerres qui séparent et des villes qui unissent, Sarajevo en est une !
De Sarajevo, la route nationale mène vers Mostar, la deuxième ville du pays. Une autre ville qui espère bientôt être plus connue pour son architecture que pour les stigmates de la guerre. Mostar a beaucoup souffert car elle était au centre des combats entre Serbes, Croates et musulmans. Stefan y tient un petit hôtel dans le centre-ville. Il parle très bien allemand car, comme beaucoup de gens ici, il est parti vivre en Allemagne, d’où il est revenu après quelques années. D’abord pour être guide touristique puis gérant d’hôtel. Il en a marre des institutions lourdes. « Tout est dans les mains des régions de ce pays. Le gaz, l’électricité, etc. Il faut d’abord savoir quelle électricité vous voulez, serbe ou croate… » Il ne compte pas non plus le nombre exorbitant de ministres, d’institutions et de parlementaires que compte la Bosnie. Il préfère faire dans la légèreté et l’humour. Je lance un « Hello » en arrivant et le check-in est fait, on se passera de formalités ! On est une famille dans son hôtel et il sait pourquoi : il vient de la partie serbe de la Bosnie, mais il est catholique et non orthodoxe. Trouvez la logique. Stefan m’indique l’entrée de l’immeuble criblé de balles d’où tirait l’armée croate vers la partie musulmane de la ville. La vue est « belle », l’histoire est glaçante.
L’histoire et l’avenir ne sont jamais bien loin en Bosnie. À quelques kilomètres de Mostar, je continue mon chemin vers Dubrovnik en Croatie. J’utilise un nouvel itinéraire cyclable dont le tracé suit l’ancienne ligne de chemin fer depuis Mostar vers la Croatie (http://www.ciro.herzegovinabike.ba). Les paysages sont magnifiques. Le parcours traverse des villages fantômes. Le sud de la Bosnie s’est vidé de ses habitants fuyant la guerre et le marasme économique. Le calme est saisissant. On est loin du tourisme sensationnel. Le vélo silencieux permet encore mieux de se réserver un moment de réflexion. Le tout sur un itinéraire cyclable qui incite à en faire davantage pour la Bosnie. Le pays ne dispose pas de plages ou d’îles comme la Croatie voisine. Pas grave, des touristes responsables lui conviennent très bien. Traverser la Bosnie à vélo, ce ne sont pas seulement des montagnes et des villes, c’est aussi ouvrir un livre d’histoire, l’histoire de l’Europe. Les mollets seront assez sollicités, c’est vrai, mais la Bosnie vaut bien cela, vraiment !

NEDERLANDS

Via Servië fiets ik naar Bosnië-Herzegovina. Dit land is één van de vroegere Joegoslavische republieken. Bosnië is als geen ander. In de hoofdstad Sarajevo werden Aartshertog Franz-Ferdinand en zijn vrouw vermoord. Dit leidde tot het begin van WO1.
Bosnië kennen we nog van de oorlog die er tussen 1992 en 1995 woedde. Na de dood van Tito rezen nationalistische eisen in de verschillende deelrepublieken van Joegoslavië. Zij verklaarden later hun onafhankelijkheid. Zo ook Bosnië. Maar de weg naar onafhankelijkheid zal moeizaam verlopen want hier wonen Kroaten, Serviërs en Moslims. De andere deelrepublieken zoals Kroatië en Slovenië zijn vooral mono-etnisch. De Serviërs in Bosnië weigeren de onafhankelijkheid te erkennen omdat ze er een minderheid zijn. Maar Bosnië wordt toch onafhankelijk op 7 april 1992. Als gevolg hiervan, stuurt het ultra-nationalistisch regime van Servië het leger naar Sarajevo. Gedurende 4 jaar is Sarajevo in handen van het Servische leger en Servische milities. Er vallen meer dan 5000 doden. Bosnië ontstaat in het puin van de oorlog.
We herinneren ze ons nog, die beelden van de Sniper Alley in hartje Sarajevo, elke dag op televisie. Oorlog woedde opnieuw in Europa sinds WOII. De Amerikaanse president Bill Clinton (en niet de verdeelde Europese Unie) slaagde erin de drie partijen (Serviërs, Kroaten en Moslims) rond de tafel te krijgen. Men slaagde erin de oorlog te beëindigen en de staatsstructuren van Bosnië vast te leggen in een grondwet die door alle partijen aanvaard werd. Het resulteerde in een zeer zwakke staat met twee entiteiten: één voor de Kroaten en één voor de Serviërs.
De Moslims zijn verdeeld over het hele land. De entiteiten hebben veel bevoegdheden, een eigen parlement en een president. Van samenwerking tussen de deelstaten is er echter nauwelijks sprake.
De hoofdstad Sarajevo geeft nochtans een ander beeld weer van Bosnië. Sarajevo is multicultureel! Hier leven Serviërs, Kroaten en Moslims bij mekaar. Er zijn geen afzonderlijke wijken voor de verschillende gemeenschappen.
De oude stad is de Turkse buurt. Hier lopen veel toeristen rond. Te veel om de wijk nog als echt Turks aan te voelen. Toch zijn er nog enkele ambachtslui, zo Zejnil, metaalbewerker. Een stalen fietskader rechtzetten is voor hem een ‘fluitje van een cent’.
Enkele straten verder kom ik Juliet tegen. Uit Australië is ze naar hier gekomen. Ze loopt stage in enkele musea en als juwelenmaakster. Het bevalt haar hier best. Om rond te komen opende ze een wasserette (www.laundrolounge.net) die vooral op toeristen rekent als klanten. Terwijl de wasmachines draaien werkt ze in haar atelier in dezelfde ruimte. Ze vindt het dynamisme in Sarajevo geweldig maar betreurt de logge administratie van Bosnië.
Net buiten het centrum wijst een moslima mij de weg. Zij vindt het hier goed leven. De buurten zijn voor en van iedereen. « Kijk, daar een moskee en daar, een kerk. Dit is al altijd al zo geweest. »
Sarajevo was in het Joegoslavië van Tito dé stad bij uitstek waar het goed leven was, bekend van onder meer het nachtleven. Trendy Sarajevo organiseerde ook de Olympische spelen in 1984. Daar blijft nog maar een afgedankte bobslee-piste van over die nu door de ‘street artists’ een nieuw leven krijgt. Voor het nachtleven is men nog steeds op het juiste adres. Sarajevo bruist van het leven.Sarajevo is geen lab voor multiculturalisme, Sarajevo is multicultureel.
Van hieruit reis ik door naar Mostar. Ook hiervan blijven nog beelden over. Misschien vakantiebeelden met de oude brug die de bewoners van de oude stad (vooral Moslims) verbindt met de het oostelijk gedeelte (vooral Kroaten). En dan herinneringen van het dagelijks geweld tussen de gemeenschappen, tijdens de Bosnische oorlog. Ik overnacht in Hostel Golden Bridge. De eigenaar Stefan spreekt perfect Duits. Net als veel landgenoten vluchtte hij naar Duitsland om een nieuw leven te beginnen maar hij keerde terug. In Mostar werkte hij als gids en opende later een hotel. De zware staatsstructuren is Stefan meer dan beu. Hij wil zelfs niet weten hoeveel ministers en parlementen er in Bosnië zijn. « Alles is hier in handen van de deelstaten. Zelfs voor elektriciteit moet je weten of je die Kroatisch of Servisch wilt. » In zijn hotel houdt hij het liever simpel. Bij het binnenstappen ben je meteen ingecheckt, zonder enige formaliteit. Betalen kan pas nadat je geslapen hebt en vertrekken, dat doe je wanneer je wil.
Hij toont mij de ingang van het gebouw van waaruit de Kroatische militairen in de richting van de Moslims schoten. Het uitzicht is indrukwekkend…ik krijg er rillingen van.
Vanuit Mostar rijd ik door naar Dubrovnik in Kroatië. Fietsers genieten nu van een nieuwe fietsroute (http://www.ciro.herzegovinabike.ba). Het zuiden van Bosnië is dun bevolkt. Ik rijd door spookdorpen. Dit is geen sensatietoerisme. De stilte is aangrijpend. De fiets is dé ideale manier van reizen door dat open geschiedenisboek. Bosnië heeft geen lange kustlijn noch eilanden als in Kroatië. Geen massatoerisme dus maar verantwoord toerisme. Bosnië heeft het broodnodig.

ENGLISH

My way through the Balkans goes on via Bosnia; this small country is one of the former Yugoslav republics.
The murder of Franz Ferdinand in the Bosnian capital Sarajevo is accepted as the cause of World War I. More recently we have known Bosnia for the war that took place between 1992 and 1995. After Tito’s death nationalism in the Yugoslav republics grows and leads to the independence of those republics. The same goes for Bosnia, but the way to independence is more difficult as Bosnia is the only multiethnic republic, formed by Serbs, Croats, and Muslims. The Serbs fear they will become a minority in the new country. Bosnia’s independence is recognised on 7th april 1992. But the Bosnian Serbs, whose aim was to create a new state including only the Serbian part of Bosnia with a Muslim minority, encircled and assaulted the city almost 4 years after the independence was declared. Bosnia is born in war. We still all have the images in our mind of Sniper Alley in Sarajevo. This event marked war taking place on the European mainland once again.
The Dayton agreements put an end to the war and the State of Bosnia Herzegovina was set up as two entities, the Croats and the Serbs. The Muslim population is spread all over the country, but has no official role in the government. The Croats and Serbs each have their own parliament, ministers, and local government for practical things such as road works, education etc. Both entities however are not into working together to make a strong Bosnia.
Today Sarajevo looks like any other multicultural city. There are no « neighbourhoods for Serbs » or « Croat neighbourhoods ». People live close together as the city is sandwiched between mountains. The old town (also known as the Ottoman quarter) has too many tourists walking around to really feel Ottoman but the skyline could be the one of Istanbul. And some craftsmen are still working out there. So does Zejnil, a scrap dealer located in between the shops and the restaurants. He knows how to repair steel bike frames!
A bit further away I stop to talk to Juliet, she’s Australian but moved to Sarajevo for an apprenticeship in a museum. She later openend the Laundro Lounge (www.laundrolounge.net), a laundry where you can have a coffee while the clothes are being washed. Juliet holds a small metalworking studio behind the washing machines and her work is on display at the laundry.
A bit further away a muslim woman shows me the right way. « Look, there’s a mosque and a church. It has always been like this here. » For sure, Sarajevo is not just a lab for multiculturalism, it’s a diverse city. It used to be the place to be for its nightlife in Tito’s Yugoslavia. And it’s a sporty place too, the winter Olympics took place here in 1984. Today, Sarajevo is still a vibrant place at night but the bobsleigh track is now used by street artists. The city nevertheless is not intact; war wounds of defensive fighting holes are still visible on some buildings all over the city.
The main road leads from Sarajevo to Mostar. Bosnia’s second largest city is known for its old bridge linking the Croatian part and Muslim part. But most of us remember Mostar as the city which was the focus of bombing among Serbs, Croats, and Muslims during the Bosnian war. I stay at Stefan’s Golden Bridge Hostel. Stefan is a Catholic Bosnian Serb, but doesn’t care too much to which community he belongs to. He speaks German as he worked for several years in Germany but decided to come back, first as a tourist guide before he opened his own hostel. Bosnia is his home but he’s fed up with the crazy institutions here. He doesn’t wanna know how many ministers and MPs his country has. He deplores the power of the regional government and the lack of cooperation. « Even electricity is either Croat or Serb » he says. Unlike the Bosnian institutions he keeps it easy and simple at his hostel, say « hello » and check in is done.
Stefan shows me the building from where the Croat artillery used to shoot in the direction of the Muslim part of the city. The view on the city is amazing…and frightening.
From Mostar I cycle my way down to Dubrovnik in Croatia using the new cycling route that was inaugurated some years ago (http://www.ciro.herzegovinabike.ba). It runs through the south of Bosnia to the shores of the Mediterranean Sea and it follows an old railway line. It brings cyclists to green landscapes that were abandoned during the war. The old station buildings along the way were closed after the last train ran on the tracks in the 70s. Cycling through Bosnia is definitely more than cycling through mountains and cities. This open-air museum brings us back in time and cycling is probably the best way to go. Miles away from tourists traps or black tourism. Bosnia’s history is one not to be forgotten. Responsible tourism won’t change Bosnia’s politics but certainly will help Bosnia be on the map of Europe again.

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