A vélo en Tunisie. Encore plus proche.

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(NL & ENGLISH, video and photos below)

Le Sud de l’Italie étant entouré par la mer Méditerranée, je ne peux continuer davantage vers le Sud du continent européen car la mer sépare l’Europe de l’Afrique. Un continent est une sphère d’influence sur l’autre et inversement. Je me sens littéralement entre deux continents et la mer qui relie les deux cultures est fascinante. Un bateau relie Salerne en Italie à Tunis. L’Afrique n’est plus qu’à une nuit de navigation.
C’est en Tunisie qu’entre décembre 2010 et janvier 2011 ont eu lieu des manifestations et des marches de protestation contre la corruption, le chômage élevé et la répression. La Tunisie se veut si proche et si différente et elle fait cela très bien.
Du port de Tunis, je me dirige immédiatement vers la médina. Finalement, je ne suis plus si près de chez moi. J’aime ça. Dans la partie nouvelle de Tunis, c’est l’architecture coloniale qui domine. L’avenue de France est le centre névralgique de la capitale avec ses banques, ses cinémas, ses salons de thé… et sa cathédrale. Dans la capitale, je dois régulièrement passer par des contrôles de police. Plusieurs fois, on me demandera si je suis rabbin. Mais quel que soit le statut qu’on me donne, rabbin ou cyclovoyageur barbu, l’accueil par les autorités et les habitants est chaleureux. « Soyez le bienvenu en Tunisie, Monsieur ! » Quelques Tunisois me disent qu’on se bat ici contre les barbes longues et que les hommes aux longues barbes sont mal vus et parfois rejetés par leur famille et leur quartier. « On n’en veut plus ici, de ces barbes longues, on veut simplement vivre en paix dans notre pays et on veut que les touristes reviennent. » En effet, la Tunisie est fortement dépendante du tourisme et les événements récents (les attaques au musée du Bardo à Tunis, entre autres) affectent directement le tourisme et donc l’économie du pays.
Tunis, c’est la grande ville cosmopolite tournée vers l’Europe. Mais le grand sud tunisien n’est plus qu’à quelques centaines de kilomètres de là… J’y vais. La route longe la côte méditerranéenne. Les grands complexes touristiques manquent de touristes. C’est la basse saison et… les touristes boudent encore la Tunisie. À Sfax, des bateaux partent toutes les heures pour une petite croisière en Méditerranée au prix de 0,30 euro. Le bateau navigue vers les îles de Kerkennah. Cet archipel à 20 km des côtes ne dispose pas d’aéroport et est dépourvu de plages. Le relief est plat, des milliers de palmiers décorent l’horizon et tous les Kerkenniens se connaissent. Kerkennah, c’est le paradis pour les cyclistes. Et pour les touristes qui devraient un jour pouvoir s’y loger dans un énorme complexe touristique doté de plages artificielles. Quoique, pas sûr, car le promoteur est en faillite. On pourrait presque fêter cela… Il y a cependant encore moyen de transformer l’archipel en pôle touristique et ça créerait de l’emploi. C’est une question de choix…
Retour sur le continent et peu à peu les champs d’oliviers font place aux étendues plus arides du sud du pays. Les villages se font plus rares. Il faut penser à se ravitailler à temps. Mais les Tunisiens m’apportent tout ce dont j’ai besoin pour avancer sous la chaleur et passer les nuits froides dans la tente. On s’arrête pour m’offrir des boissons, des croissants,… Je disais bien que la Tunisie soigne ses visiteurs avec le sourire. À Douz, aussi appelée la « porte du Sahara », je rencontre Taha, passionné de vélo. Son fils de 12 ans a déjà fait le tour de la Tunisie à vélo. Ce père de famille ouvrier dans une école maternelle accueille volontiers les cyclistes de passage et a créé CyclotourismeOmar, une association faite pour et par des cyclistes. Il organise aussi la première édition du Festival des Voyageurs à Douz (http://www.douztravelersfestival.com). Un festival qui se veut une rencontre entre voyageurs du monde entier. Taha m’emmène, avec une autre cycliste allemande, pour une nuit de bivouac près des premières dunes du Sahara. L’humidité dès le coucher du soleil, le froid, et surtout le calme, valent les kilomètres dans les mollets. Avec la bande d’amis de Taha, nous chantons et préparons un pain dans le sable. La Tunisie a beau être proche de l’Europe, je me sens à mille lieues de chez moi…
Je pousse le vélo vers Tozeur, toujours dans le sud de la Tunisie. À la sortie d’un village, la Garde Nationale (disons la police touristique) propose de m’escorter jusqu’à Tozeur. Pour les agents, il est hors de question de me laisser camper dehors. La Garde Nationale a pour mission de garantir la sécurité des touristes. Elle le fait très bien. Si bien que j’embarque dans le fourgon et suis accompagné jusqu’à l’auberge de jeunesse de Tozeur, 90 km plus loin. Mon tour du grand sud tunisien se poursuit. Les grands espaces entre les villes me procurent de superbes endroits pour camper et les villages sont propices aux rencontres. Les villageois m’accueillent tel un chamelier du désert qui revient de loin… Et toujours, des automobilistes qui s’assurent que tout va bien. Ibrahim en est un. Il travaille pour une société qui exporte du gaz et il fait sa ronde car il est chargé de la sécurité. Ses journées de travail sont longues, de 8 h à 18 h avec des mois qui comptent parfois 25 journées de travail. Mais c’est vendredi, et lui et ses amis me convient à une sortie à Gabès, la ville industrielle du sud. Les trois jeunes hommes parlent arabe, français et aussi anglais. Ils connaissent le monde et savent qu’ils ne sont pas si mal lotis en travaillant pour une boîte étrangère. Mais ils n’excluent pas de vivre un jour à l’étranger… En remontant vers le nord, je fais halte à Sousse. Le centre-ville a été restauré et la médina grouille de vie. Je rencontre Ahmed. Il travaille comme assistant professeur en physique à l’université. Sa ville et ses plages, c’est son biotope. Nous nous retrouvons avec ses amis autour d’un thé. On mélange le français et l’anglais. On parle de politique, du droit des femmes, d’homosexualité,… Le monde n’a qu’à bien se tenir. La Tunisie de demain est là. Mais il y a du chemin à faire. Car pouvoir parler librement, c’est bien la seule chose qu’ait apportée la révolution. « Avant la révolution, on se faisait arrêter si on disait du mal de Ben Ali, la police était partout. Mais pour le reste, rien n’a changé. Il y a encore beaucoup de chômage et les politiciens s’en foutent », dit un ami. Ahmed confirme. Lui fait de la recherche en physique dans son laboratoire de l’université mais, faute de moyens, les résultats sont souvent obtenus dans d’autres pays qui profitent du savoir-faire tunisien… Les jeunes Tunisiens aiment leur pays mais ne le portent pas haut, faute de soutien de la classe politique. Des politiciens qui semblent avoir oublié que ce sont les Tunisiens qui ont changé le visage de leur pays en écartant la dictature du pouvoir. Seul espoir de voir changer les choses : le temps. Les Tunisiens que je rencontre savent que la liberté d’expression obtenue après une lutte acharnée est le début d’une autre histoire pour la Tunisie. En exemple, ils ont la Révolution française, qui n’a pas changé le visage de la France en quelques jours. Autour d’un thé vert, on s’accordera pour dire qu’il ne faut rien changer aux paysages de la Tunisie, ni aux Îles Kerkennah, ni au patrimoine artistique et culturel du pays. Et encore moins à l’accueil chaleureux que m’ont réservé les Tunisiens. Je me fais peu de souci à ce niveau-là.

NEDERLANDS

Na enkele honderden kilometers langs de Middellandse zee in Zuid-Italië kan ik zuidwaarts niet meer verder. Ik ben nog in Europa maar Afrika ligt plots dichtbij. Een nachtboot brengt me er naartoe, in Tunis, hoofdstad van Tunesië. Hier vond in december 2010 en januari 2011 de revolutie plaats. Massale manifestaties en protestacties tegen de hoge werkloosheid, tegen censuur en corruptie. Daarna kwam een einde aan het regime van Ben Ali, die meer dan 13 jaar lang Tunesië met een ijzeren hand leidde. Tunesië is al lang een toeristische bestemming bij uitstek voor zonnekloppers. Het land is bekend als « zo dichtbij en toch zo anders ». Dichtbij alleszins. Een nachtje slapen op de varende boot en ik ben er al! Zo anders eveneens. In de medina van Tunis, het historisch hart, voel ik me ver van huis. Des te beter. De medina bezoek ik te voet maar het moderne Tunis met zijn grote boulevards leent zich perfect voor een fietstocht. Het coloniale verleden is nog heel dichtbij. De architectuur in Tunis herinnert aan de aanwezigheid van de Fransen. De klokken luiden hier luider dan de muezzin vanop zijn minaret…
Meermaals vraagt de politie om mij te legitimeren, ze willen weten of ik een Rabbijn ben. Op zich is dit geen probleem, de ‘flikken’ wensen me hoe dan ook een fijn verblijf in Tunesië.
Opvallend is dat vrijwel niemand een lange baard draagt. Dat willen ze hier niet meer, verklaart een inwoner die zijn groene thee drinkt bij valavond. Hij, en waarschijnlijk alle Tunesiërs, willen weer veel toeristen zien aankomen. Tunesië was ooit een topbestemming. Door de aanslagen op onder andere het Bardo Museum, is het aantal bezoekers in Tunis drastisch gedaald.
De « Grand Sud », oftewel het zuiden van Tunesië, aan de rand van de Sahara, is nog maar enkele honderden kilometers verwijderd. Ik start mijn tocht doorheen Tunesië met de fiets. Aan de kust staan grote hotels waar maar weinig toeristen vertoeven. Het is laagseizoen een het toerisme ligt nog op een laag pitje.
Net zoals wanneer ik gemakkelijk op de boot stapte richting Tunesië, brengt een andere boot mij nu op de Kerkennah-eilanden. Voor 0,3 euro vaar ik er een uur lang over, ongeveer 20 km ver van de kust. De eilanden beschikken niet over een luchthaven en evenmin over zandstranden. Sinds enkele jaren echter komen de eerste toeristen de rust opzoeken. En de fietsers genieten van vlakke wegen tussen de duizende palmbomen. Her en der wordt de bouw van een reusachtig toeristisch complex aangekondigd, mét kunstmatige stranden. Of toch niet. De promotor is failliet gegaan. De vissers zullen er alvast niet om klagen. Het zal nog lang rustig zijn op Kerkennah, al is de sfeer onder de inwoners grimmiger geworden, sinds de revolutie.
Geleidelijk aan wordt het landschap dor en desolaat. In Douz, ook wel de poort van de Sahara genoemd, ontmoet ik Taha. Hij werkt in de lagere school en heeft veel fietsprojecten. Zo fietste hij met zijn 12-jarige zoon Tunesië rond. Met zijn fietsvereniging organiseert hij ook jaarlijks een festival waar reizigers elkaar ontmoeten (http://www.douztravelersfestival.com). Taha gelooft dat Tunesië een ideale plek is om elkaar beter te leren kennen. Gelijk heeft hij alleszins! Ik mag met hem en zijn vrienden mee voor een nachtje kamperen dicht bij de eerste duinen van de Sahara. We nemen de fietsen mee. En ook zetmeel om samen een « Saharabrood » te bakken. De rust en de sterrenhemel én de goede vrienden zijn de afgelegde 500 km vanuit Tunis meer dan waard!
De weg kronkelt verder richting Tozeur langs oases en dorpjes. De ‘Garde Nationale’ (die instaat voor de veiligheid van toeristen) onderbreekt mijn route echter en stelt me voor om de fiets op de pick up te zetten en in alle veiligheid naar Tozeur te gaan. Niet dat ik me onveilig voel in Tunesië, integendeel. Maar veel keuze is er niet. De agenten zijn echter gastvrij en bieden me zelfs aan even te stoppen voor een foto-moment.
De ruimte en prachtige landschappen zetten me aan om nog 4 dagen lang te fietsen in de Grand Sud. Rust, vriendelijke mensen, prachtige plekken om te kamperen in het wild,…alles waar ik zin in heb. De dorpen liggen echter ver van elkaar verwijderd. Veel voedsel en vooral water neem ik mee op de fiets. Automobilisten stoppen langs de weg om te vragen of alles goed gaat. Een melkboer stopt zijn vrachtwagen en biedt me verse melk aan. Anderen bieden me water en dadels aan. Zo ontmoet ik Ibrahim die instaat voor de beveiliging van de gasleiding voor een buitenlands bedrijf. De jongeman werkt van 8 tot 18 uur tot 25 dagen par maand. Maar net vandaag heeft hij 3 dagen vrijaf en hij stelt me voor om met enkele vrienden in Gabès vanavond uit te gaan. Hij en zijn vrienden spreken Arabisch, Frans en Engels en ze beseffen allemaal dat ze meer professionele mogelijkheden hebben in een groot bedrijf. Toch sluit niemand een carrière in het buitenland uit…
In Sousse ontmoet ik Ahmed, een assistent-professor aan de universiteit. Hij roept zijn vrienden erbij en we drinken samen een thee in de medina van Sousse. Over vrouwenrechten, homoseksualiteit en politiek praten we vrijuit. Dat was vroeger niet mogelijk! Voor de revolutie hing de politie overal uit en over de politiek mocht niet gepraat worden. Toch geloven de jongeren dat er niet veel gaat veranderen. Er is nog steeds heel wat werkloosheid. Vrije meningsuiting komt toch op, dat is al een goed begin. Zo blijven ze optimistisch: de Franse revolutie heeft het huidige Frankrijk toch ook niet in één dag geschapen, zeggen ze. We zijn het er allemaal over eens. Ook over de ruime landschappen en het rijk cultureel patrimonium van Tunesië: daar mag niets aan veranderen! Evenmin aan de gastvrijheid van de Tunesiërs… daar maak ik me nu weinig zorgen over!

ENGLISH

Cycling in Southern Italy means that once I will be as close as I can to the African shores. It’s a place where Europe meets Africa, where cultures mix and where people meet. Tunisia is only one night away with the ferry from the Italian harbour city of Salerno. Let’s go to Tunisia!
The Tunisian Revolution took place in December 2010 and January 2011. The population demonstrated and protested against the regime, the poor living conditions and the lack of freedom of speech. It led to the ousting of president Ben Ali.
Tunisia has always been a tourist destination but tourism dropped sinds terrorist attacks took place on a tourist resort and a museum.
Tunis, the capital is the perfect starting point for my cycling tour. The country prides itself as being different and close by for European tourists. In the Tunis’ medina however I feel miles away from home spiritually. Colours and sounds on the morning market. Let’s feel far away from home! The ‘ville nouvelle’ around the Avenue de France is the economical centre with colonial architecture, bars, and the cathedral.
Regular police controls on the streets of Tunis take place. The police often asks me the purpose of my travel. Locals in Tunis tell me that my long beard might be suspicious here. Indeed, I see almost no bearded men here. « A long beard is best avoided as it symbolises all the opposite of what we want: leaving peacefully and welcoming tourists again », says the old man. I feel welcome anyway, wether by police officers or by the locals.
Northern Tunisia is a mix of beaches, nice towns and millions of olive trees through which I easily find my way. I also take a boat to the Kerkennah islands some 20 km from Sfax. These islands have no airport nor natural beaches. For sure there is the potential to make more tourists visit the island by building infrastructure and beaches. It’s underway but already stopped as the real estate company in charge of a huge tourist complex went bankrupt. No extra jobs but nature is preserved…as long as petrol companies do not drill all the petrol nearby….
After leaving Kerkennah « le Grand Sud » or the southern part of the country with its sand dunes and arid landscapes is calling. Douz is the gateway to the Sahara where I meet Taha. He’s working in the elementary school and welcomes cyclists from around the world. He set up the first edition of the Travellers Festival (http://www.douztravelersfestival.com) in Douz to bring travellers closer and started a cycling association to promote cycling in the country. He and his friends take me and a German cyclist for a night out…near the desert. No disco nor beer here. Only songs, quietness, ingredients to bake bread and lots of stars above us. The perfect Saturday night out here.
Southern Tunisia and its friendly inhabitants make me want to start a tour on a self sufficient basis. One night will turn out in a police escort to the nearest hostel as the ‘Garde Nationale’ seems to care very much about the safety of the tourists. They will even stop the pick up to make some pictures of the sunset.
Locals too take care of cyclists on the small roads of the county. Im offered food and drinks by car drivers stopping to say hello and make sure I am fine. Ibrahim is one of these. He’s driving all day to check the facilities of a gaz company. He works 10 hours a day up to 25 days a months. He realises he’s well off working for an international company. But working abroad is still an option. He and his friends offer me to go for a evening out in Gabès. We all mix French and English as we speak while having a meal. No doubt, Tunisians make foreigners feel comfortable!
In Sousse I meet Ahmed, an assistant professor at the University of Monastir. Again, his friends quickly join us and invite me for a tour around the medina. This generation is not afraid of talking about women’s rights, homosexuality and politics. They tell me that before the revolution people got arrested when getting out the wallet about the president. « We now got freedom of speech but nothing else has changed », says a friend. Fortunately the youngster are aware that this small step towards freedom might be the next big step towards a sound economy and a fair political system. I can’t deny I feel pity to see that a country where the Arab revolution started is not yet carried by its population.
Cyclists shouldn’t wait to visit Tunisia. The country is rather flat and offers a variety of landscapes that suits everyone. Tunisians are still waiting for politicians that listen to them. But they can’t wait to welcome even the most interpit cyclists!

 

Bosnia’s future on two wheels

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(Scroll down for NL & ENG & gallery)

Après avoir traversé la Serbie, j’arrive un soir d’automne en Bosnie-Herzégovine. La Bosnie, c’est un concentré d’abord de Yougoslavie et puis d’Europe. Sa capitale Sarajevo fut en 1914 le théâtre de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, l’héritier de l’Empire austro-hongrois et de sa femme Sophie Chotek, par un nationaliste serbe. Cet événement marque le début de la Première Guerre mondiale. La Bosnie, c’est aussi la guerre de Bosnie. Après la mort de Tito, des querelles nationalistes se font entendre de part et d’autre de la Yougoslavie. Et l’ultra-nationalisme serbe incite les républiques qui composent le pays à déclarer leur indépendance. Il en va de même pour la Bosnie. Mais la route sera plus longue car la Bosnie est la seule à être multiethnique. La Slovénie est majoritairement composée de Slovènes, la Croatie de Croates et la Serbie de Serbes. La Bosnie est composée de Serbes, de Croates et de musulmans ou Bosniaques. Les Serbes de Bosnie refusent de vivre dans un état où ils seront minoritaires. Le pays est malgré tout reconnu par la communauté internationale le 7 avril 1992. Mais les Serbes de Bosnie déclarent « leur » partie de la Bosnie indépendante. De plus, l’armée serbe se positionne à Sarajevo pour s’opposer à l’éclatement de la Yougoslavie. C’est le siège de Sarajevo qui fera des milliers de morts. Qui n’a pas en tête ces images de la guerre de Bosnie ? Tout à coup, la guerre semblait toute proche. C’est le président américain Bill Clinton qui réussira à mettre autour de la table les trois communautés de Bosnie (Croates, Serbes et musulmans) et non l’Union européenne, divisée sur la question de l’indépendance de la Bosnie. Le résultat des accords obtenus : un état multiethnique très divisé politiquement et aux institutions fortement décentralisées. En effet, la Bosnie est un État fédéral avec deux grandes entités, une pour les Croates de Bosnie et une pour les Serbes de Bosnie (appelée la « Republika Srspka » ou République serbe). Les Musulmans vivent dans toute la Bosnie. Chaque entité a son parlement, son président et ses compétences. Autre point commun des deux parties : l’entente est fragile et de façade entre les deux. Il n’est pas rare que les Serbes et les Croates claquent la porte du parlement fédéral de Bosnie, situé à Sarajevo.
Sarajevo, la capitale d’un pays qui existe tant bien que mal, vit sans complexe son multiculturalisme. Pendant la période yougoslave, les étrangers venaient à Belgrade pour étudier le modèle yougoslave, mais c’est à Sarajevo qu’on dansait et qu’on sortait. C’était la ville branchée de la Yougoslavie. Et sportive aussi, puisqu’elle organise les Jeux Olympiques en 1984. Aujourd’hui, Sarajevo est une ville particulièrement animée qui se refait chaque jour. Le cadre naturel qui entoure la ville invite à la balade, au VTT… Quant aux infrastructures des Jeux Olympiques, il ne reste plus que la piste de bobsleigh délabrée mais prisée des artistes… À Sarajevo, je rencontre Zejnil. Il est artisan dans le vieux centre qu’on appelle aussi le quartier turc. Les Turcs étaient les premiers habitants de Sarajevo. Le quartier est touristique, mais quelques artisans résistent encore entre les restaurants et les bars du quartier. Zejnil est ferrailleur et les cadres de vélo en acier, il connaît ! Pour le reste, cela pourrait être Istanbul, mais on est bien à Sarajevo. Quelques rues plus loin, je bavarde avec Juliet. Cette Australienne est venue en Bosnie faire des stages en ferronnerie. Elle a ouvert un lavoir (www.laundrolounge.net) à deux pas du centre-ville. Derrière ses machines à laver, elle dispose d’un petit atelier où elle fabrique des boucles d’oreilles et des colliers. Elle en vend parfois à ses clients, principalement des touristes. Dans son lavoir, on peut aussi voir ses œuvres et attendre son linge en lisant ou en bavardant. Juliet adore Sarajevo, mais déplore la lenteur de l’administration en Bosnie. Dans les quartiers à l’ouest du centre, une femme musulmane m’indique le chemin. Elle se sent bien à Sarajevo car il n’y a pas de quartier pour les uns ou pour les autres. « Regardez, il y a une mosquée et une église. C’était comme ça avant la guerre et le conflit n’a rien changé à la situation. » Si la Bosnie souffre encore (économiquement) de la guerre et des tensions qui subsistent au sein de ses peuples, Sarajevo démontre que l’inverse est possible. La ville ne compte qu’un bon demi-million d’habitant mais le dynamisme et les rencontres entre les gens de tout bord et de toutes ethnies (car oui, c’est par là que les conflits ont commencé) donnent envie de croire au meilleur. Oui, les marques du temps confectionnent l’univers mental et physique des gens. Il y a des guerres qui séparent et des villes qui unissent, Sarajevo en est une !
De Sarajevo, la route nationale mène vers Mostar, la deuxième ville du pays. Une autre ville qui espère bientôt être plus connue pour son architecture que pour les stigmates de la guerre. Mostar a beaucoup souffert car elle était au centre des combats entre Serbes, Croates et musulmans. Stefan y tient un petit hôtel dans le centre-ville. Il parle très bien allemand car, comme beaucoup de gens ici, il est parti vivre en Allemagne, d’où il est revenu après quelques années. D’abord pour être guide touristique puis gérant d’hôtel. Il en a marre des institutions lourdes. « Tout est dans les mains des régions de ce pays. Le gaz, l’électricité, etc. Il faut d’abord savoir quelle électricité vous voulez, serbe ou croate… » Il ne compte pas non plus le nombre exorbitant de ministres, d’institutions et de parlementaires que compte la Bosnie. Il préfère faire dans la légèreté et l’humour. Je lance un « Hello » en arrivant et le check-in est fait, on se passera de formalités ! On est une famille dans son hôtel et il sait pourquoi : il vient de la partie serbe de la Bosnie, mais il est catholique et non orthodoxe. Trouvez la logique. Stefan m’indique l’entrée de l’immeuble criblé de balles d’où tirait l’armée croate vers la partie musulmane de la ville. La vue est « belle », l’histoire est glaçante.
L’histoire et l’avenir ne sont jamais bien loin en Bosnie. À quelques kilomètres de Mostar, je continue mon chemin vers Dubrovnik en Croatie. J’utilise un nouvel itinéraire cyclable dont le tracé suit l’ancienne ligne de chemin fer depuis Mostar vers la Croatie (http://www.ciro.herzegovinabike.ba). Les paysages sont magnifiques. Le parcours traverse des villages fantômes. Le sud de la Bosnie s’est vidé de ses habitants fuyant la guerre et le marasme économique. Le calme est saisissant. On est loin du tourisme sensationnel. Le vélo silencieux permet encore mieux de se réserver un moment de réflexion. Le tout sur un itinéraire cyclable qui incite à en faire davantage pour la Bosnie. Le pays ne dispose pas de plages ou d’îles comme la Croatie voisine. Pas grave, des touristes responsables lui conviennent très bien. Traverser la Bosnie à vélo, ce ne sont pas seulement des montagnes et des villes, c’est aussi ouvrir un livre d’histoire, l’histoire de l’Europe. Les mollets seront assez sollicités, c’est vrai, mais la Bosnie vaut bien cela, vraiment !

NEDERLANDS

Via Servië fiets ik naar Bosnië-Herzegovina. Dit land is één van de vroegere Joegoslavische republieken. Bosnië is als geen ander. In de hoofdstad Sarajevo werden Aartshertog Franz-Ferdinand en zijn vrouw vermoord. Dit leidde tot het begin van WO1.
Bosnië kennen we nog van de oorlog die er tussen 1992 en 1995 woedde. Na de dood van Tito rezen nationalistische eisen in de verschillende deelrepublieken van Joegoslavië. Zij verklaarden later hun onafhankelijkheid. Zo ook Bosnië. Maar de weg naar onafhankelijkheid zal moeizaam verlopen want hier wonen Kroaten, Serviërs en Moslims. De andere deelrepublieken zoals Kroatië en Slovenië zijn vooral mono-etnisch. De Serviërs in Bosnië weigeren de onafhankelijkheid te erkennen omdat ze er een minderheid zijn. Maar Bosnië wordt toch onafhankelijk op 7 april 1992. Als gevolg hiervan, stuurt het ultra-nationalistisch regime van Servië het leger naar Sarajevo. Gedurende 4 jaar is Sarajevo in handen van het Servische leger en Servische milities. Er vallen meer dan 5000 doden. Bosnië ontstaat in het puin van de oorlog.
We herinneren ze ons nog, die beelden van de Sniper Alley in hartje Sarajevo, elke dag op televisie. Oorlog woedde opnieuw in Europa sinds WOII. De Amerikaanse president Bill Clinton (en niet de verdeelde Europese Unie) slaagde erin de drie partijen (Serviërs, Kroaten en Moslims) rond de tafel te krijgen. Men slaagde erin de oorlog te beëindigen en de staatsstructuren van Bosnië vast te leggen in een grondwet die door alle partijen aanvaard werd. Het resulteerde in een zeer zwakke staat met twee entiteiten: één voor de Kroaten en één voor de Serviërs.
De Moslims zijn verdeeld over het hele land. De entiteiten hebben veel bevoegdheden, een eigen parlement en een president. Van samenwerking tussen de deelstaten is er echter nauwelijks sprake.
De hoofdstad Sarajevo geeft nochtans een ander beeld weer van Bosnië. Sarajevo is multicultureel! Hier leven Serviërs, Kroaten en Moslims bij mekaar. Er zijn geen afzonderlijke wijken voor de verschillende gemeenschappen.
De oude stad is de Turkse buurt. Hier lopen veel toeristen rond. Te veel om de wijk nog als echt Turks aan te voelen. Toch zijn er nog enkele ambachtslui, zo Zejnil, metaalbewerker. Een stalen fietskader rechtzetten is voor hem een ‘fluitje van een cent’.
Enkele straten verder kom ik Juliet tegen. Uit Australië is ze naar hier gekomen. Ze loopt stage in enkele musea en als juwelenmaakster. Het bevalt haar hier best. Om rond te komen opende ze een wasserette (www.laundrolounge.net) die vooral op toeristen rekent als klanten. Terwijl de wasmachines draaien werkt ze in haar atelier in dezelfde ruimte. Ze vindt het dynamisme in Sarajevo geweldig maar betreurt de logge administratie van Bosnië.
Net buiten het centrum wijst een moslima mij de weg. Zij vindt het hier goed leven. De buurten zijn voor en van iedereen. « Kijk, daar een moskee en daar, een kerk. Dit is al altijd al zo geweest. »
Sarajevo was in het Joegoslavië van Tito dé stad bij uitstek waar het goed leven was, bekend van onder meer het nachtleven. Trendy Sarajevo organiseerde ook de Olympische spelen in 1984. Daar blijft nog maar een afgedankte bobslee-piste van over die nu door de ‘street artists’ een nieuw leven krijgt. Voor het nachtleven is men nog steeds op het juiste adres. Sarajevo bruist van het leven.Sarajevo is geen lab voor multiculturalisme, Sarajevo is multicultureel.
Van hieruit reis ik door naar Mostar. Ook hiervan blijven nog beelden over. Misschien vakantiebeelden met de oude brug die de bewoners van de oude stad (vooral Moslims) verbindt met de het oostelijk gedeelte (vooral Kroaten). En dan herinneringen van het dagelijks geweld tussen de gemeenschappen, tijdens de Bosnische oorlog. Ik overnacht in Hostel Golden Bridge. De eigenaar Stefan spreekt perfect Duits. Net als veel landgenoten vluchtte hij naar Duitsland om een nieuw leven te beginnen maar hij keerde terug. In Mostar werkte hij als gids en opende later een hotel. De zware staatsstructuren is Stefan meer dan beu. Hij wil zelfs niet weten hoeveel ministers en parlementen er in Bosnië zijn. « Alles is hier in handen van de deelstaten. Zelfs voor elektriciteit moet je weten of je die Kroatisch of Servisch wilt. » In zijn hotel houdt hij het liever simpel. Bij het binnenstappen ben je meteen ingecheckt, zonder enige formaliteit. Betalen kan pas nadat je geslapen hebt en vertrekken, dat doe je wanneer je wil.
Hij toont mij de ingang van het gebouw van waaruit de Kroatische militairen in de richting van de Moslims schoten. Het uitzicht is indrukwekkend…ik krijg er rillingen van.
Vanuit Mostar rijd ik door naar Dubrovnik in Kroatië. Fietsers genieten nu van een nieuwe fietsroute (http://www.ciro.herzegovinabike.ba). Het zuiden van Bosnië is dun bevolkt. Ik rijd door spookdorpen. Dit is geen sensatietoerisme. De stilte is aangrijpend. De fiets is dé ideale manier van reizen door dat open geschiedenisboek. Bosnië heeft geen lange kustlijn noch eilanden als in Kroatië. Geen massatoerisme dus maar verantwoord toerisme. Bosnië heeft het broodnodig.

ENGLISH

My way through the Balkans goes on via Bosnia; this small country is one of the former Yugoslav republics.
The murder of Franz Ferdinand in the Bosnian capital Sarajevo is accepted as the cause of World War I. More recently we have known Bosnia for the war that took place between 1992 and 1995. After Tito’s death nationalism in the Yugoslav republics grows and leads to the independence of those republics. The same goes for Bosnia, but the way to independence is more difficult as Bosnia is the only multiethnic republic, formed by Serbs, Croats, and Muslims. The Serbs fear they will become a minority in the new country. Bosnia’s independence is recognised on 7th april 1992. But the Bosnian Serbs, whose aim was to create a new state including only the Serbian part of Bosnia with a Muslim minority, encircled and assaulted the city almost 4 years after the independence was declared. Bosnia is born in war. We still all have the images in our mind of Sniper Alley in Sarajevo. This event marked war taking place on the European mainland once again.
The Dayton agreements put an end to the war and the State of Bosnia Herzegovina was set up as two entities, the Croats and the Serbs. The Muslim population is spread all over the country, but has no official role in the government. The Croats and Serbs each have their own parliament, ministers, and local government for practical things such as road works, education etc. Both entities however are not into working together to make a strong Bosnia.
Today Sarajevo looks like any other multicultural city. There are no « neighbourhoods for Serbs » or « Croat neighbourhoods ». People live close together as the city is sandwiched between mountains. The old town (also known as the Ottoman quarter) has too many tourists walking around to really feel Ottoman but the skyline could be the one of Istanbul. And some craftsmen are still working out there. So does Zejnil, a scrap dealer located in between the shops and the restaurants. He knows how to repair steel bike frames!
A bit further away I stop to talk to Juliet, she’s Australian but moved to Sarajevo for an apprenticeship in a museum. She later openend the Laundro Lounge (www.laundrolounge.net), a laundry where you can have a coffee while the clothes are being washed. Juliet holds a small metalworking studio behind the washing machines and her work is on display at the laundry.
A bit further away a muslim woman shows me the right way. « Look, there’s a mosque and a church. It has always been like this here. » For sure, Sarajevo is not just a lab for multiculturalism, it’s a diverse city. It used to be the place to be for its nightlife in Tito’s Yugoslavia. And it’s a sporty place too, the winter Olympics took place here in 1984. Today, Sarajevo is still a vibrant place at night but the bobsleigh track is now used by street artists. The city nevertheless is not intact; war wounds of defensive fighting holes are still visible on some buildings all over the city.
The main road leads from Sarajevo to Mostar. Bosnia’s second largest city is known for its old bridge linking the Croatian part and Muslim part. But most of us remember Mostar as the city which was the focus of bombing among Serbs, Croats, and Muslims during the Bosnian war. I stay at Stefan’s Golden Bridge Hostel. Stefan is a Catholic Bosnian Serb, but doesn’t care too much to which community he belongs to. He speaks German as he worked for several years in Germany but decided to come back, first as a tourist guide before he opened his own hostel. Bosnia is his home but he’s fed up with the crazy institutions here. He doesn’t wanna know how many ministers and MPs his country has. He deplores the power of the regional government and the lack of cooperation. « Even electricity is either Croat or Serb » he says. Unlike the Bosnian institutions he keeps it easy and simple at his hostel, say « hello » and check in is done.
Stefan shows me the building from where the Croat artillery used to shoot in the direction of the Muslim part of the city. The view on the city is amazing…and frightening.
From Mostar I cycle my way down to Dubrovnik in Croatia using the new cycling route that was inaugurated some years ago (http://www.ciro.herzegovinabike.ba). It runs through the south of Bosnia to the shores of the Mediterranean Sea and it follows an old railway line. It brings cyclists to green landscapes that were abandoned during the war. The old station buildings along the way were closed after the last train ran on the tracks in the 70s. Cycling through Bosnia is definitely more than cycling through mountains and cities. This open-air museum brings us back in time and cycling is probably the best way to go. Miles away from tourists traps or black tourism. Bosnia’s history is one not to be forgotten. Responsible tourism won’t change Bosnia’s politics but certainly will help Bosnia be on the map of Europe again.