One brother, no border

normandie_01

My brother from Europe

(Scroll down for NL & ENG & pictures)

L’hiver a fait son apparition en France, le dernier pays sur la Route60 avant de rentrer en Belgique. Un détour par la Normandie s’impose et pour cause : mon frère Jean-Loup s’est installé avec sa copine et son nouveau-né à Argentan, petite bourgade à 200 km de Paris. Jean-Loup, c’est le ‘demi-frère’ de 14 ans mon cadet. On a la même mère. Il travaille et étudie en alternance et a encore plein d’ambition. Il a vécu à Lyon avant de s’installer dans la campagne normande et il reviendra peut-être au pays pour le travail. Mais d’abord encore le calme de la Normandie pour offrir le meilleur cadre de vie à son fils. Pour lui, le monde n’a pas de frontières et on a du mal à se dire au revoir. C’est mon frère quoi. Parlons-en des frontières justement. Le jeune homme de 26 ans a à peine connu les frontières entre les pays de l’Union européenne.
On dit souvent que c’était mieux avant. Lui, pourtant, n’a jamais dû faire reconnaître son diplôme belge pour travailler en France, ni demander de permis de travail, ni demander de visa. C’est mieux maintenant et ce sera encore mieux après, même si ce n’est jamais assez bien. Son fils est un ‘digital native’ et vivra dans un monde peut-être encore plus libre, ou pas. C’est selon la force qu’on veut donner au monstre qu’est devenue l’Union européenne. Un monstre qui mérite d’être critiqué et qui a le mérite d’avoir changé les cours d’histoire. Il n’y a plus ‘les méchants’ en Europe de l’Est, il n’y a plus de mur qui sépare les peuples en Europe, il y a encore tous les problèmes de famille au sein de la famille européenne. Mais pas de tracasserie administrative pour aller voir son frère en France ou ses amis en Grèce. Et ce n’est que le début. Le cycliste utilise à présent les chemins cyclables Eurovelo qui traversent l’Europe d’Est en Ouest et du Nord au Sud. « On s’en fiche, je ne fais pas de vélo », me direz-vous. Si ce n’est que les pistes cyclables, tout comme les autoroutes européennes, sont la matérialisation de la pensée européenne censée nous unir toutes et tous. Je dis bien censée car de nombreuses barrières psychologiques, politiques et économiques existent encore. L’Union européenne a 60 ans. Les traités de l’UE ont été signés à Rome le 25 mars 1957. Avant cela, il existait déjà des vélos capables de faire Route60 dans toute l’Europe, mais pas d’union politique qui crée une telle liberté de circulation. Je profite de mon passage chez mon frère pour visiter sa nouvelle région, la Normandie, avec sa copine et son fils de nationalité française. Et belge aussi ? Pourquoi pas mais ce n’est pas une priorité, car le tout jeune Européen de quelques mois aura les mêmes droits et obligations dans toute l’Union, peu importe sa nationalité. J’oubliais…

NEDERLANDS

Winter in Frankrijk, het laatste land op mijn lange weg van Brussel naar Brussel via Helsinki, Kiev en Tunis. Het is koud maar ik maak een omweg via Normandië. Daar woont mijn halfbroer Jean-Loup in een dorpje op 200 km van Parijs. Enkele jaren geleden wou hij eens « iets anders » doen. Dus maar naar het buitenland om te studeren en werken. De jongeman van 26 spreekt nog Nederlands naast zijn moedertaal Frans, heeft een zoontje en heeft veel ambities, hier of elders, zonder grenzen. Op en top mijn broer dus.
In Frankrijk geraken was een makkie. Binnen de Europese Unie wordt zijn Belgisch diploma automatisch erkend. Een werkvergunning is niet nodig, een visa evenmin. Dit maakt het leven gemakkelijker. Zijn 3 maand oude zoon is een digital native en zal waarschijnlijk een identiteitskaart in zijn mobiele telefoon hebben. Een Europese identiteitskaart, wie weet… De baby heeft nu de Franse nationaliteit en de Belgische nationaliteit aanvragen is niet nodig want alle Europeanen hebben dezelfde rechten en plichten.
60 jaar geleden was dat niet zo. De Oost-Europeanen waren ‘anders’ en een muur maakte de scheiding tussen West- en Oost Europa duidelijk. Vandaag fiets ik via het Eurovelo fietspadennetwerk van Helsinki tot Marseille of van Athene tot Dublin.
60 jaar geleden, op 25 maart 1957, werd in Rome het verdrag tot oprichting van de Europese Economische Gemeenschap ondertekend, vandaag de Europese Unie genoemd. Een logge instelling die niet snel genoeg werk maakt van een verenigd Europa. Maar die Route60 al veel éénvoudiger maakt.
Nog even Normandië bezoeken met mijn broer en zijn Frans gezin alvorens huiswaarts te fietsen. Zonder grenzen, zo eenvoudig.

ENGLISH

France is Route60’s last country before heading home to Brussels. Despite the cold I make a detour through Normandy. The region is now the place my 26 years old stepbrother calls home. Jean-Loup wanted to see other places and now works and studies in France with his family. The Treaty of Rome, officially the Treaty establishing the European Economic Community was signed 60 years ago, on 25 March 1957 by 6 European countries ( Belgium, France, Italy, Luxembourg, the Netherlands and West Germany). The EEC, now the EU, was meant to create a single market for goods, labour, services, and capital across its members states. The decision making proces of the EU is slow and not all European citizens trust the EU that suffers from a legitimacy deficit.
My brother however is aware of the common benefits the EU offers him. Unlike his parents, he never had to show any documents to get to France. He enjoys the automatic recognition of his qualifications abroad. His 3 months old son might be given a European ID-card in the future.
The question of the legitimacy of the EU will always hit but no one doubts about the easiness to cycle around Europe on Route60 thanks to the Eurovelo European Cycle Route network, to mention one of the benefits. The topics the European machinery deals with goes way beyond the scope of bike touring. The future’s never perfect,  it’s yet to come.

Meet the world in Genoa

Genova_16

A labyrinth city. Built to keep the invaders away.

Cycling in Genoa

(Scroll down for NL & ENG & pictures)

Gênes, c’est la ville qui m’accueillera en premier sur le continent européen après ma virée en Tunisie. J’arrive par bateau la nuit et c’est sans doute la plus belle façon d’arriver à Gênes. La ville glisse doucement devant mes yeux dans un calme étonnant. Gênes, c’est d’abord un grand port italien et la capitale de la Ligurie. Elle est bien moins prisée des touristes que par exemple Rome et Venise. La littérature m’apprend que la ville a le plus grand centre historique d’Europe. Visite.
D’abord, ce fameux centre historique. C’est vrai qu’il ne se limite pas à quelques ruelles piétonnes bordées de magasins de souvenirs. Le centre de Gênes, c’est tout simplement tout le centre historique ! Avec des magasins, mais aussi des bars, des restos, des artisans, des agences de transport qui trouvent un toit dans le labyrinthe du centre où même un vélo ne passe pas ! Gênes, c’est toute l’animation d’une grande ville portuaire qui n’a pas d’heure de fermeture. Ce sont des tribus de quartiers et des quartiers de tribus. Quand les uns partent, les autres arrivent de partout. Sauf que, il n’y a pas (encore) de quartier « touristique » ou « hipster » ou « branché » ou que sais-je. On est Génois à Gênes !
Ensuite, il y a le patrimoine culturel. Bon nombre d’églises et d’édifices artistiques se trouvent dans le centre historique qui – rappelons-le – est le plus étendu d’Europe. Un grand centre historique au grand patrimoine. En fait, il ne faut que quelques centaines de mètres pour traverser les siècles.
Enfin, Gênes a aussi la particularité de disposer d’un immense viaduc qui envoie les voitures au-dessus du vieux port et qui défigure les bâtiments construits ultérieurement. En effet, comme partout, la voiture règne en maître dans les années soixante et il faut absolument mener tout le monde d’un bout à l’autre de la ville en voiture. La « Soprelevata » est inaugurée en 1965. Pensée simpliste du tout-à-la-voiture, résultat bien décevant. Le viaduc ne résout pas les problèmes de mobilité de la ville. Sans parler de la laideur de son concept. De plus, elle coupe le port de la vieille ville. Et c’était pire avant car jusqu’à la rénovation de 1992 (l’année des 500 ans de la découverte de l’Amérique), les poutres étaient reliées entre elles par un mur ! Aujourd’hui on peut marcher en-dessous de la voirie et admirer les œuvres street art sur les poutres. On respire un peu. Cela dit, cette autoroute urbaine fait tellement partie du tissu urbain qu’on pourrait, avec un peu de bonne volonté, lui accorder du charme… en attendant sa démolition. On regrettera en revanche le manque de volonté criant à mettre plus de pistes cyclables dans une des plus belles villes d’Europe. Mais Gênes est unique de par sa conception et questionne notre mode de vie. C’est sans doute ce que j’aime le plus dans une grande ville et ce que j’adore à Gênes.

NEDERLANDS

De boot uit Tunis komt rond middernacht in Genua aan. Zo hoort men eigenlijk voor het eerst in een havenstad aan te komen. De Italiaanse kunst- en havenstad verwerkt jaarlijks miljoenen tonnen vracht in de haven. Op toeristisch vlak staat de stad ver achter pakweg Rome of Venetië voor wat betreft het aantal toeristen. Nochtans beschikt Genua over het grootst historisch centrum van Europa. Dit nogal onduidelijk begrip verwijst naar de oppervlakte van het labyrint van oude steegjes in the centrum van de stad. Ik besef maar al te goed dat het hier om meer dan twee oude steegjes met een souvenirwinkel gaat. Het centrum van Genua is éénvoudigweg het historisch centrum van de stad. Hier mengen toeristen zich met de inwoners die wonen en werken en uitgaan. Vergeet het « uitgangsbuurt » of de « hippe wijken ». Er is maar één buurt, de oude buurt met mensen van overal! En hier bevindt zich een kunstpatrimonium dat andere wereldsteden het nadenken geeft. In één dag wandelde ik door de eeuwen heen.
Genua mag dan wel een wereldhaven zijn. De stad heeft het maar moeilijk de haven naar zich toe te trekken. De « Soprelevata » is een soort ringweg die in 1965 aangelegd werd om volgens de mobiliteitstheorie van toen zoveel mogelijk auto’s rond de stad te krijgen. Aan duurzame mobiliteit werd toen niet gedacht. Aan esthetica evenmin. Deze speedway raakt net niet de Renaissance gebouwen en zet de enkele kilometers fietspaden in de schaduw. Jammer.
Maar de Soprelevata maakt deel uit van de stad. Sinds de renovatie in 1992 kunnen de wandelaars eenvoudigweg wandelen van de stad naar de haven omdat de muren die de steunpilaren verbonden, afgebroken zijn. En de streetartists zorgen voor kunst op de grijze pilaren. Parijs, Londen en Rome al gezien? Wel, Genua is een kunststad, een havenstad én een grootstad. Onverwachts.

ENGLISH

Genoa is still off the beaten tracks for mass tourism. Vessels from around the world know the way to its port. And I’m fortunate enough to be on one of those calling from Tunis. Arriving by boat in Genoa is the logical way to get there. Genoa offers as much artistic and architectural treasures as other big cities but it’s not yet a citytrip destination. The ones taking time to visit will be rewarded with the most extended historical centre in Europe. Don’t expect a few cobblestoned streets full of souvenir shops here. Genoa prouds itself to be « more than this ». Some streets are so narrow and steep I choose to leave the bike behind. Let’s have a walk through history! The history of Genoa spans the centuries and guides the retina through it with superb Renaissance Palazzi and Barok churches! And I don’t feel like a tourist, Im Genovese as I walk in the old center where locals work and play. The city has no hype neighbourhoods yet. All you need, from bars to tourist attractions are all spread over the old town.
I walk under the « Soprelevata » to visit the harbour. This viaduct cuts off the city from the harbour. I can barely imagine that walls linked the beams together till 1992. The aim of this urban highway was not to protect the city from invaders but to let as many cars around the city. It feels like it is now part of the urban landscape that shapes the skyline. Street artist now take care of decorating the gray beams. Whatever one may think about city shaping, Genoa is the city that makes people think about the way we live. It’s not Paris nor London. It’s more than that.

 

A vélo en Tunisie. Encore plus proche.

Tunisie_01

(NL & ENGLISH, video and photos below)

Le Sud de l’Italie étant entouré par la mer Méditerranée, je ne peux continuer davantage vers le Sud du continent européen car la mer sépare l’Europe de l’Afrique. Un continent est une sphère d’influence sur l’autre et inversement. Je me sens littéralement entre deux continents et la mer qui relie les deux cultures est fascinante. Un bateau relie Salerne en Italie à Tunis. L’Afrique n’est plus qu’à une nuit de navigation.
C’est en Tunisie qu’entre décembre 2010 et janvier 2011 ont eu lieu des manifestations et des marches de protestation contre la corruption, le chômage élevé et la répression. La Tunisie se veut si proche et si différente et elle fait cela très bien.
Du port de Tunis, je me dirige immédiatement vers la médina. Finalement, je ne suis plus si près de chez moi. J’aime ça. Dans la partie nouvelle de Tunis, c’est l’architecture coloniale qui domine. L’avenue de France est le centre névralgique de la capitale avec ses banques, ses cinémas, ses salons de thé… et sa cathédrale. Dans la capitale, je dois régulièrement passer par des contrôles de police. Plusieurs fois, on me demandera si je suis rabbin. Mais quel que soit le statut qu’on me donne, rabbin ou cyclovoyageur barbu, l’accueil par les autorités et les habitants est chaleureux. « Soyez le bienvenu en Tunisie, Monsieur ! » Quelques Tunisois me disent qu’on se bat ici contre les barbes longues et que les hommes aux longues barbes sont mal vus et parfois rejetés par leur famille et leur quartier. « On n’en veut plus ici, de ces barbes longues, on veut simplement vivre en paix dans notre pays et on veut que les touristes reviennent. » En effet, la Tunisie est fortement dépendante du tourisme et les événements récents (les attaques au musée du Bardo à Tunis, entre autres) affectent directement le tourisme et donc l’économie du pays.
Tunis, c’est la grande ville cosmopolite tournée vers l’Europe. Mais le grand sud tunisien n’est plus qu’à quelques centaines de kilomètres de là… J’y vais. La route longe la côte méditerranéenne. Les grands complexes touristiques manquent de touristes. C’est la basse saison et… les touristes boudent encore la Tunisie. À Sfax, des bateaux partent toutes les heures pour une petite croisière en Méditerranée au prix de 0,30 euro. Le bateau navigue vers les îles de Kerkennah. Cet archipel à 20 km des côtes ne dispose pas d’aéroport et est dépourvu de plages. Le relief est plat, des milliers de palmiers décorent l’horizon et tous les Kerkenniens se connaissent. Kerkennah, c’est le paradis pour les cyclistes. Et pour les touristes qui devraient un jour pouvoir s’y loger dans un énorme complexe touristique doté de plages artificielles. Quoique, pas sûr, car le promoteur est en faillite. On pourrait presque fêter cela… Il y a cependant encore moyen de transformer l’archipel en pôle touristique et ça créerait de l’emploi. C’est une question de choix…
Retour sur le continent et peu à peu les champs d’oliviers font place aux étendues plus arides du sud du pays. Les villages se font plus rares. Il faut penser à se ravitailler à temps. Mais les Tunisiens m’apportent tout ce dont j’ai besoin pour avancer sous la chaleur et passer les nuits froides dans la tente. On s’arrête pour m’offrir des boissons, des croissants,… Je disais bien que la Tunisie soigne ses visiteurs avec le sourire. À Douz, aussi appelée la « porte du Sahara », je rencontre Taha, passionné de vélo. Son fils de 12 ans a déjà fait le tour de la Tunisie à vélo. Ce père de famille ouvrier dans une école maternelle accueille volontiers les cyclistes de passage et a créé CyclotourismeOmar, une association faite pour et par des cyclistes. Il organise aussi la première édition du Festival des Voyageurs à Douz (http://www.douztravelersfestival.com). Un festival qui se veut une rencontre entre voyageurs du monde entier. Taha m’emmène, avec une autre cycliste allemande, pour une nuit de bivouac près des premières dunes du Sahara. L’humidité dès le coucher du soleil, le froid, et surtout le calme, valent les kilomètres dans les mollets. Avec la bande d’amis de Taha, nous chantons et préparons un pain dans le sable. La Tunisie a beau être proche de l’Europe, je me sens à mille lieues de chez moi…
Je pousse le vélo vers Tozeur, toujours dans le sud de la Tunisie. À la sortie d’un village, la Garde Nationale (disons la police touristique) propose de m’escorter jusqu’à Tozeur. Pour les agents, il est hors de question de me laisser camper dehors. La Garde Nationale a pour mission de garantir la sécurité des touristes. Elle le fait très bien. Si bien que j’embarque dans le fourgon et suis accompagné jusqu’à l’auberge de jeunesse de Tozeur, 90 km plus loin. Mon tour du grand sud tunisien se poursuit. Les grands espaces entre les villes me procurent de superbes endroits pour camper et les villages sont propices aux rencontres. Les villageois m’accueillent tel un chamelier du désert qui revient de loin… Et toujours, des automobilistes qui s’assurent que tout va bien. Ibrahim en est un. Il travaille pour une société qui exporte du gaz et il fait sa ronde car il est chargé de la sécurité. Ses journées de travail sont longues, de 8 h à 18 h avec des mois qui comptent parfois 25 journées de travail. Mais c’est vendredi, et lui et ses amis me convient à une sortie à Gabès, la ville industrielle du sud. Les trois jeunes hommes parlent arabe, français et aussi anglais. Ils connaissent le monde et savent qu’ils ne sont pas si mal lotis en travaillant pour une boîte étrangère. Mais ils n’excluent pas de vivre un jour à l’étranger… En remontant vers le nord, je fais halte à Sousse. Le centre-ville a été restauré et la médina grouille de vie. Je rencontre Ahmed. Il travaille comme assistant professeur en physique à l’université. Sa ville et ses plages, c’est son biotope. Nous nous retrouvons avec ses amis autour d’un thé. On mélange le français et l’anglais. On parle de politique, du droit des femmes, d’homosexualité,… Le monde n’a qu’à bien se tenir. La Tunisie de demain est là. Mais il y a du chemin à faire. Car pouvoir parler librement, c’est bien la seule chose qu’ait apportée la révolution. « Avant la révolution, on se faisait arrêter si on disait du mal de Ben Ali, la police était partout. Mais pour le reste, rien n’a changé. Il y a encore beaucoup de chômage et les politiciens s’en foutent », dit un ami. Ahmed confirme. Lui fait de la recherche en physique dans son laboratoire de l’université mais, faute de moyens, les résultats sont souvent obtenus dans d’autres pays qui profitent du savoir-faire tunisien… Les jeunes Tunisiens aiment leur pays mais ne le portent pas haut, faute de soutien de la classe politique. Des politiciens qui semblent avoir oublié que ce sont les Tunisiens qui ont changé le visage de leur pays en écartant la dictature du pouvoir. Seul espoir de voir changer les choses : le temps. Les Tunisiens que je rencontre savent que la liberté d’expression obtenue après une lutte acharnée est le début d’une autre histoire pour la Tunisie. En exemple, ils ont la Révolution française, qui n’a pas changé le visage de la France en quelques jours. Autour d’un thé vert, on s’accordera pour dire qu’il ne faut rien changer aux paysages de la Tunisie, ni aux Îles Kerkennah, ni au patrimoine artistique et culturel du pays. Et encore moins à l’accueil chaleureux que m’ont réservé les Tunisiens. Je me fais peu de souci à ce niveau-là.

NEDERLANDS

Na enkele honderden kilometers langs de Middellandse zee in Zuid-Italië kan ik zuidwaarts niet meer verder. Ik ben nog in Europa maar Afrika ligt plots dichtbij. Een nachtboot brengt me er naartoe, in Tunis, hoofdstad van Tunesië. Hier vond in december 2010 en januari 2011 de revolutie plaats. Massale manifestaties en protestacties tegen de hoge werkloosheid, tegen censuur en corruptie. Daarna kwam een einde aan het regime van Ben Ali, die meer dan 13 jaar lang Tunesië met een ijzeren hand leidde. Tunesië is al lang een toeristische bestemming bij uitstek voor zonnekloppers. Het land is bekend als « zo dichtbij en toch zo anders ». Dichtbij alleszins. Een nachtje slapen op de varende boot en ik ben er al! Zo anders eveneens. In de medina van Tunis, het historisch hart, voel ik me ver van huis. Des te beter. De medina bezoek ik te voet maar het moderne Tunis met zijn grote boulevards leent zich perfect voor een fietstocht. Het coloniale verleden is nog heel dichtbij. De architectuur in Tunis herinnert aan de aanwezigheid van de Fransen. De klokken luiden hier luider dan de muezzin vanop zijn minaret…
Meermaals vraagt de politie om mij te legitimeren, ze willen weten of ik een Rabbijn ben. Op zich is dit geen probleem, de ‘flikken’ wensen me hoe dan ook een fijn verblijf in Tunesië.
Opvallend is dat vrijwel niemand een lange baard draagt. Dat willen ze hier niet meer, verklaart een inwoner die zijn groene thee drinkt bij valavond. Hij, en waarschijnlijk alle Tunesiërs, willen weer veel toeristen zien aankomen. Tunesië was ooit een topbestemming. Door de aanslagen op onder andere het Bardo Museum, is het aantal bezoekers in Tunis drastisch gedaald.
De « Grand Sud », oftewel het zuiden van Tunesië, aan de rand van de Sahara, is nog maar enkele honderden kilometers verwijderd. Ik start mijn tocht doorheen Tunesië met de fiets. Aan de kust staan grote hotels waar maar weinig toeristen vertoeven. Het is laagseizoen een het toerisme ligt nog op een laag pitje.
Net zoals wanneer ik gemakkelijk op de boot stapte richting Tunesië, brengt een andere boot mij nu op de Kerkennah-eilanden. Voor 0,3 euro vaar ik er een uur lang over, ongeveer 20 km ver van de kust. De eilanden beschikken niet over een luchthaven en evenmin over zandstranden. Sinds enkele jaren echter komen de eerste toeristen de rust opzoeken. En de fietsers genieten van vlakke wegen tussen de duizende palmbomen. Her en der wordt de bouw van een reusachtig toeristisch complex aangekondigd, mét kunstmatige stranden. Of toch niet. De promotor is failliet gegaan. De vissers zullen er alvast niet om klagen. Het zal nog lang rustig zijn op Kerkennah, al is de sfeer onder de inwoners grimmiger geworden, sinds de revolutie.
Geleidelijk aan wordt het landschap dor en desolaat. In Douz, ook wel de poort van de Sahara genoemd, ontmoet ik Taha. Hij werkt in de lagere school en heeft veel fietsprojecten. Zo fietste hij met zijn 12-jarige zoon Tunesië rond. Met zijn fietsvereniging organiseert hij ook jaarlijks een festival waar reizigers elkaar ontmoeten (http://www.douztravelersfestival.com). Taha gelooft dat Tunesië een ideale plek is om elkaar beter te leren kennen. Gelijk heeft hij alleszins! Ik mag met hem en zijn vrienden mee voor een nachtje kamperen dicht bij de eerste duinen van de Sahara. We nemen de fietsen mee. En ook zetmeel om samen een « Saharabrood » te bakken. De rust en de sterrenhemel én de goede vrienden zijn de afgelegde 500 km vanuit Tunis meer dan waard!
De weg kronkelt verder richting Tozeur langs oases en dorpjes. De ‘Garde Nationale’ (die instaat voor de veiligheid van toeristen) onderbreekt mijn route echter en stelt me voor om de fiets op de pick up te zetten en in alle veiligheid naar Tozeur te gaan. Niet dat ik me onveilig voel in Tunesië, integendeel. Maar veel keuze is er niet. De agenten zijn echter gastvrij en bieden me zelfs aan even te stoppen voor een foto-moment.
De ruimte en prachtige landschappen zetten me aan om nog 4 dagen lang te fietsen in de Grand Sud. Rust, vriendelijke mensen, prachtige plekken om te kamperen in het wild,…alles waar ik zin in heb. De dorpen liggen echter ver van elkaar verwijderd. Veel voedsel en vooral water neem ik mee op de fiets. Automobilisten stoppen langs de weg om te vragen of alles goed gaat. Een melkboer stopt zijn vrachtwagen en biedt me verse melk aan. Anderen bieden me water en dadels aan. Zo ontmoet ik Ibrahim die instaat voor de beveiliging van de gasleiding voor een buitenlands bedrijf. De jongeman werkt van 8 tot 18 uur tot 25 dagen par maand. Maar net vandaag heeft hij 3 dagen vrijaf en hij stelt me voor om met enkele vrienden in Gabès vanavond uit te gaan. Hij en zijn vrienden spreken Arabisch, Frans en Engels en ze beseffen allemaal dat ze meer professionele mogelijkheden hebben in een groot bedrijf. Toch sluit niemand een carrière in het buitenland uit…
In Sousse ontmoet ik Ahmed, een assistent-professor aan de universiteit. Hij roept zijn vrienden erbij en we drinken samen een thee in de medina van Sousse. Over vrouwenrechten, homoseksualiteit en politiek praten we vrijuit. Dat was vroeger niet mogelijk! Voor de revolutie hing de politie overal uit en over de politiek mocht niet gepraat worden. Toch geloven de jongeren dat er niet veel gaat veranderen. Er is nog steeds heel wat werkloosheid. Vrije meningsuiting komt toch op, dat is al een goed begin. Zo blijven ze optimistisch: de Franse revolutie heeft het huidige Frankrijk toch ook niet in één dag geschapen, zeggen ze. We zijn het er allemaal over eens. Ook over de ruime landschappen en het rijk cultureel patrimonium van Tunesië: daar mag niets aan veranderen! Evenmin aan de gastvrijheid van de Tunesiërs… daar maak ik me nu weinig zorgen over!

ENGLISH

Cycling in Southern Italy means that once I will be as close as I can to the African shores. It’s a place where Europe meets Africa, where cultures mix and where people meet. Tunisia is only one night away with the ferry from the Italian harbour city of Salerno. Let’s go to Tunisia!
The Tunisian Revolution took place in December 2010 and January 2011. The population demonstrated and protested against the regime, the poor living conditions and the lack of freedom of speech. It led to the ousting of president Ben Ali.
Tunisia has always been a tourist destination but tourism dropped sinds terrorist attacks took place on a tourist resort and a museum.
Tunis, the capital is the perfect starting point for my cycling tour. The country prides itself as being different and close by for European tourists. In the Tunis’ medina however I feel miles away from home spiritually. Colours and sounds on the morning market. Let’s feel far away from home! The ‘ville nouvelle’ around the Avenue de France is the economical centre with colonial architecture, bars, and the cathedral.
Regular police controls on the streets of Tunis take place. The police often asks me the purpose of my travel. Locals in Tunis tell me that my long beard might be suspicious here. Indeed, I see almost no bearded men here. « A long beard is best avoided as it symbolises all the opposite of what we want: leaving peacefully and welcoming tourists again », says the old man. I feel welcome anyway, wether by police officers or by the locals.
Northern Tunisia is a mix of beaches, nice towns and millions of olive trees through which I easily find my way. I also take a boat to the Kerkennah islands some 20 km from Sfax. These islands have no airport nor natural beaches. For sure there is the potential to make more tourists visit the island by building infrastructure and beaches. It’s underway but already stopped as the real estate company in charge of a huge tourist complex went bankrupt. No extra jobs but nature is preserved…as long as petrol companies do not drill all the petrol nearby….
After leaving Kerkennah « le Grand Sud » or the southern part of the country with its sand dunes and arid landscapes is calling. Douz is the gateway to the Sahara where I meet Taha. He’s working in the elementary school and welcomes cyclists from around the world. He set up the first edition of the Travellers Festival (http://www.douztravelersfestival.com) in Douz to bring travellers closer and started a cycling association to promote cycling in the country. He and his friends take me and a German cyclist for a night out…near the desert. No disco nor beer here. Only songs, quietness, ingredients to bake bread and lots of stars above us. The perfect Saturday night out here.
Southern Tunisia and its friendly inhabitants make me want to start a tour on a self sufficient basis. One night will turn out in a police escort to the nearest hostel as the ‘Garde Nationale’ seems to care very much about the safety of the tourists. They will even stop the pick up to make some pictures of the sunset.
Locals too take care of cyclists on the small roads of the county. Im offered food and drinks by car drivers stopping to say hello and make sure I am fine. Ibrahim is one of these. He’s driving all day to check the facilities of a gaz company. He works 10 hours a day up to 25 days a months. He realises he’s well off working for an international company. But working abroad is still an option. He and his friends offer me to go for a evening out in Gabès. We all mix French and English as we speak while having a meal. No doubt, Tunisians make foreigners feel comfortable!
In Sousse I meet Ahmed, an assistant professor at the University of Monastir. Again, his friends quickly join us and invite me for a tour around the medina. This generation is not afraid of talking about women’s rights, homosexuality and politics. They tell me that before the revolution people got arrested when getting out the wallet about the president. « We now got freedom of speech but nothing else has changed », says a friend. Fortunately the youngster are aware that this small step towards freedom might be the next big step towards a sound economy and a fair political system. I can’t deny I feel pity to see that a country where the Arab revolution started is not yet carried by its population.
Cyclists shouldn’t wait to visit Tunisia. The country is rather flat and offers a variety of landscapes that suits everyone. Tunisians are still waiting for politicians that listen to them. But they can’t wait to welcome even the most interpit cyclists!

 

Artistic chaos in Naples

Cruel, crazy, beautiful Southern Italy

Italia_08

Morning duty

(Scroll down for NL & ENG & gallery)

Quand je descends du bateau un lundi matin à Bari, je me dirige tout de suite vers un bar pour déguster mon premier « cappu ». Suivra mon premier croissant que je mange en lisant le journal « Il Corriere del Mezzogiorno ». La Cour des comptes vient de publier son rapport annuel. Bonne nouvelle : l’économie italienne se porte plutôt bien. Mieux encore, le sud de la péninsule se porte bien aussi. Pas besoin de cette bonne nouvelle économique pour animer le centre de Bari. Le bar se remplit vite. Les bateaux venant de Grèce déversent leur lot de voyageurs, les locaux s’arrêtent pour un espresso avant le boulot et les touristes se dirigent vers la vieille ville qui bat son plein.
Le Meridione qu’on appelle aussi le « Mezzogiorno » en termes plus économiques, ce territoire qui comprend les régions au sud de Rome, c’est la partie la plus pauvre d’Italie. Des villages se sont vidés de ses habitants, les infrastructures y sont moins développées et de nombreux Italiens du Sud sont partis vivre dans le Nord de l’Italie ou à l’étranger. « Non c’è lavoro qui » est la phrase que j’aurai le plus entendu. Les trésors artistiques et les plages ne manquent pas. Le soleil encore moins. Et pourtant…
De Bari, je pique encore plus vers le sud en traversant des champs d’olivier à perte de vue. L’agriculture est la principale ressource économique. Il fait encore doux mais les plages sont vides et les villages sur la côte des Pouilles (la région qui forme le talon de la botte italienne) manquent d’animation. Presque tout est fermé malgré les vacances de Toussaint. À Tarente, je fais une halte d’une nuit tant la ville est surprenante. Grand port et ville industrielle… et sa vieille ville entourée par la mer avec son quartier des pêcheurs. Tout y est ! Un passionné de cyclisme responsable du tourisme aimerait faire en sorte que les touristes passent plus de nuitées dans la ville. Mais il faut aussi changer les mentalités car les touristes n’attendent pas. Cela signifie aussi travailler le dimanche et à des heures irrégulières, ce que les gens n’ont pas encore l’habitude de faire. Matera, une des plus anciennes villes du monde, en est déjà là et tout est prévu pour le touriste d’aujourd’hui. Même le petit hôtel du coin y est taillé dans la pierre.
Il est difficile de ne pas aimer l’Italie profonde. En fin d’après midi, les villages de montagne s’animent. Je demande des infos aux gens du bar tout en sirotant mon café à Grottole. C’est le maire du village en personne qui me renseignera. Lui accuse moins le pouvoir central à Rome pour le manque de dynamisme. C’est que faire revivre des villages ne se fait pas du jour au lendemain…
Les petites routes du Mezzogiorno me mènent à Montegiordano, un village de 1800 habitants perché sur la colline, pratiquement que des anciens car les jeunes sont partis. Le village est connu pour ses « murales », des peintures sur les façades des maisons. L’idée date d’il y a 15 ans : quelques profs de l’école primaire aujourd’hui fermée dessinent sur la façade d’une maison avec les élèves. Un peintre le remarque et lui vient l’idée d’égayer le village. Les propriétaires des maisons concernées et le maire ne s’y opposent pas. Résultat : un village coloré comme aucun autre. En été, des cars entiers arrivent au village pour les murales. Mais le soir, tout le monde est reparti. Moi je reste, et l’ambiance dans le bar Derby est celle d’un village où tout le monde se connaît. Ce ne sont pas les prix du verre de vin à 0,60 € qui repousseront les étrangers. Comme je suis le seul encore présent et cycliste, c’est la communauté qui offre. Le lendemain, j’ai droit à une visite guidée. Un habitant raconte qu’à chaque fois que quelqu’un meurt, la maison se vide, et est bien entretenue par les enfants qui vivent dans le Nord et qui ne viennent plus. Donc le village se dépeuple…
À Montegiordano Marina, je m’arrête dans un autre bar pour un petit-déjeuner. Teresa me demande d’où je viens et inspecte mon vélo. Elle et ses copines sont des clients réguliers ici. Toutes ces mamans ont des enfants à Malte, à Turin, ou à Milan qui adorent le Sud de l’Italie, mais le manque de travail les oblige à partir. La fille de Teresa songe cependant à revenir pour y commencer un Bed & Breakfast car son job ne lui plaît pas. Teresa ajoute : « Les jeunes partent pour bosser mais ils n’aiment pas leur boulot. Dans 10 ans, ils auront tous envie de revenir après une vie de merde en ville. » Les autres dames confirment. Je pense qu’elle a tout compris…
En pédalant 45 km, j’arrive à Riace où je rencontre Lamin. Il est Guinéen et parle couramment l’italien. Il est embauché par la commune comme nettoyeur de rue. Riace, c’est ce village perché de la Calabre dont le maire a décidé d’embaucher les migrants. Et la formule marche. Dans les rues, on entend l’italien de la mamma ainsi que de l’anglais, du français et des langues africaines. Riace rappelle ce que le Sud de l’Italie a toujours été: une terre de migrations située entre deux continents. Une terre prisée par les touristes en été seulement, étouffée par la présence de clans mafieux toute l’année.
C’est sûr qu’on ne transformera pas le Sud profond avec du soleil et des sourires uniquement. L’agriculture qui a fait fuir toute une génération pourrait se combiner avec du tourisme rural. Encore faut-il renoncer à « faire carrière » dans le Nord. Cela veut dire une politique qui soutienne le Mezzogiorno et des mentalités qui changent peu à peu. Ça change tout pour le Sud de l’Italie.

NEDERLANDS

 Vanuit Griekenland brengt de boot me naar Bari. Een maandagochtend in Zuid-Italië… met een echte Italiaanse koffie en een krant erbij. Ik lees dat het Italiaanse Rekenhof gisteren zijn jaarrapport uitbracht. Het gaat best goed met de Italiaanse economie. Zowel Noord-Italië (de motor van de Italiaanse economie) als het Zuiden scoren goed. Dat is goed nieuws. Economische groei of niet, de cafés in Bari zitten vol. De werkende bevolking neemt nog snel een espresso en de toeristen nemen hun tijd voor hun ontbijt.
Het Zuiden van Italie (ook wel Meridione of Mezzogiorno genoemd) omvat de provincies ten zuiden van Rome. Het is ook het armste gedeelte van Italië, een streek die steeds agrarisch is, waardoor veel mensen naar het Noorden van Italië of naar het buitenland vertrokken zijn. Dat is sinds de jaren 60 zo en er verandert nog maar weinig. De mensen hier betreuren dat Rome zo weinig interesse toont voor het Zuiden. Aan kunst en cultuur is er echter geen gebrek. In Lecce staan de palazzi de ene na de andere naast elkaar. Barok tot en met. De stranden en de nationale parken in Zuid-Italië leveren mij prachtige slaapplekken, ondanks het schoolverlof is het echter allemaal vrijwel verlaten.
Ik wandel door het prachtige oude centrum van Taranto. Daar vertelt een verantwoordelijke voor toerisme dat iedereen hier graag méér toeristen zou willen zien, toch moet men ook in eigen boezem kijken. « De politiek vergeet zeker dat het Zuiden ook nog bestaat maar de mensen van hier moeten ook beseffen dat toerisme een 24-uren business is. Daar is nog niet iedereen klaar voor ».
In Matera is men er wel klaar voor. De stad is één van de oudste ter wereld en wordt in 2019 de Culturele hoofdstad van Europa. Nu al zijn de hotelletjes in de oude stad klaar voor hét evenement.
Verder van de toeristische paden ontmoet ik Francesco De Giacomo in Grottole. Hij is burgemeester van het dorp en biedt me een koffie aan als ik hem de weg vraagt. Hij verafschuwt niet zomaar het centraal gezag in Rome, al is het omdat hij van dezelfde politieke kleur is. De burgemeester tettert met de ‘Belgische fietser’, maar ook met zijn medeburgers. Het dorpscafé blijkt dé plek te zijn om te weten wat er gaande is.
In Montegiornado vestigen de schilderijen op de witte huizen mijn aandacht. Zo’n 15 jaar geleden besloot een leerkracht van de inmiddels gesloten dorpsschool samen met leerlingen een paar gevels te beschilderen. Dat bracht een kunstenaar op een idee, hij voegde de creativiteit van de bewoners en de bereidheid van een burgemeester eraan toe om het dorp opnieuw leven in te blazen. Een veelbelovend en geslaagd project is het geworden want met bussen vol komen de bezoekers aan om naar de « Murales » te kijken. ’s Avonds zijn die toeristen echter weer weg. Sommige huizen zijn ware kunstwerken, toch woont er vaak niemand in. Dorpelingen worden oud en sterven. Hun zonen onderhouden de familiale woning maar komen hier nooit meer wonen, aldus een oude Italiaan. Maar ’s avonds is het toch druk van jewelste in de cafés van het dorp. Een glaasje wijn kost hier niet veel, zo’n 60 eurocent. Maar voor mij trakteren de ouderen! Ze willen meer van die fietsers die hier overnachten.
Enkele dorpen verder ontmoet ik Teresa en haar vriendinnen tijdens het ontbijt in een bar. Hun kinderen wonen in Malta, Turijn of Milaan omdat ze er werk gevonden hebben. De dochter in Milaan overweegt wel een B&B te openen in het Zuiden. Weg uit Milaan! Teresa lacht en vertelt: « Wacht maar, die jongeren gaan hier weg maar na 10 jaar zijn ze hun rotleventje in de stad wel beu ». De andere dames bevestigen. Wijze woorden, denk ik.
In Riace richt ik me tot Lamin, een man uit Guinea die hier als straatveger werkt. Riace is inmiddels bekend door zijn visionaire burgemeester ervan, die migranten aan een baan helpt. Ik hoor in de straten van het dorp alle talen door elkaar spreken. De « mama » en de Afrikaanse familie zijn buren. Riace is een wereld in het klein.
De Meridione heeft veel mensen zien vertrekken. Degene die er nu aankomen, uit Afrika of terug uit Milaan, merken nu op dat landbouw en toerisme eigenlijk heel goed bij elkaar passen. Met slechts leuke bars en veel zon volstaat het niet om de economie op gang te brengen maar daar begint het wel bij, zoals vaak in Zuid-Italië.

ENGLISH

Getting off the boat on a Monday morning in the Southern Italian city of Bari. The perfect time for my first cappuccino in a bar downtown with a newspaper. I read in « Il Corriere del Mezzogiorno » Italy’s economy is doing well and the Mezzogiorno is not lacking behind with sound economic figures, says the Italian Court of Auditors. This might be a topic of conversation. The bars fills up anyway with locals drinking an espresso before heading to work and tourists visiting the old town. Welcome in Italy.
Southern Italy that some call the Meridione or the Mezzogiorno is Italy’s least developed part if we talk in economical terms. The region has always been living from agriculture while the north of Italy’s is the engine of the country’s economy.
Heading southwards from Bari I cycle through the barok city of Lecce and one of the world’s oldest town of Matera. One easily notices South Italy has it all to please the eye of very visitor. The beaches and the coastal towns are empty however despite the sunny weather and the school holidays. What’s wrong? A responsable for tourism in the magnificent city of Taranto knows it will take some time to change mentalities. Tourism industry requires working during weekends and not everyone is prepared for it in Southern Italy’s deeply rooted strong familiar tradition.
My bike also brings me through stunning villages more inland. I’ll have a coffee with Grottole’s mayor while Im having a break in the bar on the main square. We’ll quickly agree upon transforming town and villages takes time. Other locals will join us during the conversation and everyone has a say in the matter. It’s more than politics…
Montegriordano is yet another village where you simply want to have that little coffee and croissant and take some time for yourself or for the others around you. The village is famous for its paintings on the houses. Some teachers of the former elementary school came to the idea to let the pupils paint some walls in the village. This brought an artist to the idea to involve the community in his project and put some colours in the streets and the soul of the village. Today the Murales of Montegiordano are known well beyond the region. But the toursits don’t stay overnight. I’m offered some wine glasses by the locals at the bar for my effort to climb the hill up to the village and for my stay in the only B&B. The people here are mostly elderly. The day after the streets are empty as we are in low season and so are lots of houses. The young generation left to North Italy to work and never come back when their parents pass by.
In Montegiordano Marina I enjoy another breakfast in the bar facing the sea. Teresa and her friends are discussing the world while having a coffee and a cigarette. All the ladies have their sons living in Malta, in Turin or in Milan….far from home. As many young people they left for better working conditions and higher salaries. However, Teresa’s daughter plans to start a B&B nearby as she doesn’t like the stressful life in Milan. Teresa laughs at me saying it takes 10 years for the young to realise they are just having a shitty life but they’ll soon want to be back down in the sun. The other mama’s in the bar all agree. I guess they’re right.
The next village is Riace lying on a lovely hill near the coast. Lamin comes from Guinea and shows me the way around in the centre of the village. He is hired by the public authorities as a street cleaner. Riace’ visionary mayor took the decision to let migrants (mostly from Africa) to be part of the community instead of making them wait for a better future somewhere else. Riace today reflects what Southern Italy has always been and what it might be tomorrow: a land of immigration and emigration. A place where tourists should stay longer. A place smothered by drug cartels.
It’ll take time for Southern Italy to recover from economical decline. As the old guys told me, agriculture is still a hard job and politics should encourage rural life. But youth once may turn their back to office jobs and get back to the south to make tourism and agriculture more sustainable. A changing way of life makes the difference.

Greece in green, blue and white

Out in Serbia

By bike Moldova and Romania

Cycling in Ukraine

 

War in Donbass, colours in Kiev

tanya_01

Tanya’s art

(Scroll down for NL & ENG & gallery)

Après 5850 km sur le vélo, Kiev, la capitale de l’Ukraine, est en vue. J’arrive à Kiev par les quartiers nord. Andriy et sa compagne y vivent dans un appartement attribué aux « réfugiés du Donbass ». En effet, Andriy vient de l’est de l’Ukraine (le Donbass) où ont lieu les hostilités entre les pro-russes et les Ukrainiens. Son frère également a dû fuir leur région natale : les pro-russes sont entrés dans la maison et y ont vu une photo de famille devant des drapeaux ukrainiens en arrière-plan. C’est suffisant pour se faire tuer ! L’appartement qu’Andriy loue à présent pour une bonne centaine d’euros seulement n’est cependant pas enviable : les châssis sont délabrés, les parties communes vétustes, la cuisine est inachevée… tant pis. Il ne sait pas dans quel état se trouve sa propre maison dans le Donbass, la région étant en guerre. À Kiev, Andriy est journaliste, métier qu’il exerce depuis toujours. Pendant l’ère soviétique, le journalisme était considéré comme un métier « facile » que tout le monde pouvait exercer, par conséquent il était mal payé, au contraire des ingénieurs ou des médecins. Le salaire n’a jamais augmenté depuis la chute du communisme. Pire, comme beaucoup d’Ukrainiens, Andriy a vu son salaire ramené à un tiers seulement, après l’invasion russe. Il a aussi connu le « fourchettisme » dans les années 1990 : les journalistes, trop peu payés, étaient invités aux réceptions des grandes entreprises. Un repas copieux était servi en échange d’un article bien ficelé ! Aujourd’hui, Andriy serait déjà bien content de pouvoir écrire ses articles de chez lui mais la rédaction a d’autres priorités.
Sa compagne Tanya met de la couleur non seulement dans leur vie mais aussi dans l’appartement. Elle est artiste et dessine sur les murs dépourvus de couleur ou de tapisserie. Inspirée entre autres par les peintures de Van Dyck et Jérôme Bosch, elle vend ses dessins aux « quelques fous qui veulent encore acheter de l’art ». Ses dessins en trompe-l’œil dans la salle de bains font oublier tout le gris de l’appartement.
Andriy passe ses week-ends à vélo. Il a de quoi regretter le manque d’infrastructure cyclable à Kiev. Il n’est pas tendre avec la petite association cycliste de la capitale : cette association reçoit des fonds de l’Union européenne et organise des soirées « cyclistes » en été. Il vaudrait mieux attribuer l’argent à l’aménagement de l’infrastructure. Le quartier d’Andriy et Tanya est celui d’immenses tours à appartements en très mauvais état et des tours nouvelles sont érigées, tout aussi simples et laides. Les appartements neufs n’ont absolument aucun charme. Les projets immobiliers sont dénués de logique urbaine. L’aménagement de l’espace urbain n’existe pas ici, avec comme résultat des tours dans tous les quartiers mais sans écoles, ni crèches, ni parkings. Les tours « soviétiques » ne valent guère mieux : les propriétaires réparent les châssis et fournissent des terrasses ou des ajouts aux immeubles existants, sans normes ni esthétique. Une cacophonie de couleurs et d’extensions illégales met à mal le patrimoine architectural d’origine. Je vois que quelques jeunes du quartier ont installé eux-mêmes un petit parcours VTT dans le parc. Il y a de l’espoir ! Quelques bancs publics tout neufs, aux couleurs vives sont, quant à eux, bien visibles. Le nom du politicien ou de la politicienne les ayant commandés est inscrit sur le dossier. La politique est partout et malheureusement, la guerre n’est pas loin non plus : dans le cimetière communal, on enterre les soldats qui étaient partis se battre dans l’est de l’Ukraine. On ne sait cependant pas s’il s’agit de militaires officiels ou de membres de milices. L’Ukraine souffre encore d’une autre maladie: des radios officieuses diffusent des chansons de haine et la pensée militaire est bien trop présente. Certes, les Russes ont envahi le Donbass mais cela n’a fait qu’éveiller des tensions au sein des Ukrainiens, dont certains sont russophones, d’autres parlant l’ukrainien. Peu importe la langue : le marasme économique dans lequel le pays se trouve, ainsi que la classe politique, divisent non seulement le pays mais aussi les Ukrainiens entre eux. Seule certitude pour Andriy et les habitants du quartier : ils savent où aller en cas d’invasion russe, l’adresse de l’abri est indiquée sur les murs du quartier.

NEDERLANDS

Na 5850 km bereik ik Kiev, de hoofdstad van Oekraïne. Het noorden van Kiev is een groot voorstedelijk gebied met veel appartementsblokken. Hier woont Andriy met zijn vriendin in een appartement. Hij noemt het een « flat voor migranten uit Donbass ». Donbass is de streek in het oosten van Oekraïne waar Russische rebellen en het Oekraïense leger oorlog voeren. Andriy heeft er een huis maar hij weet niet of het er nog staat ofwel in puin is. Pro Russen die de huizen doorzochten, zagen een foto van hem en zijn broer met symbolen en vlaggen van Oekraïne op de achtergrond. Dat is al genoeg om veroordeeld te worden. De familie heeft alles achtergelaten en is naar Kiev gevlucht. Het gehuurd appartement in Kiev verkeert in slechte staat: het heeft oude ramen, een onafgewerkte keuken en grijze muren. Gelukkig worden de muren door zijn vriendin Tanya versierd met haar eigen creaties. Ze is artiest en verkoopt allerlei tekeningen aan enige zeldzame « gekken die nog geld uitgeven aan kunst ». Het appartement is thans een soort van groot tekenblad, haar inspiratie haalt Tanya zelf uit de kunstwerken van Van Dyck en Jeronimus Bosch.
Andriy is journalist in Kiev. In de Sovjetperiode kon hij voor een krant tegen een laag loon aan de slag, zogezegd omdat het een « gemakkelijk beroep » is, zonder enige specifieke vereiste, in tegenstelling tot ingenieurs en dokters. Net als voor vele Oekraïners is zijn inkomen met bijna twee derden gedaald na de Russische invasie. Andriy heeft tevens het « fourchettisme » van de jaren negentig gekend: journalisten werden uitgenodigd op recepties en aten op kosten van bedrijven, in ruil voor een gunstig artikel in de krant. Graag zou hij van huis uit willen werken maar dat is helaas nog niet mogelijk.
In zijn vrije tijd gaat de journalist vooral rondfietsen ondanks het schrijnend gebrek aan infrastructuur daartoe. Andriy hekelt ook een kleine fietsvereniging in Kiev. Die ontvangt Europese subsidies en organiseert er « fietsavonden » mee voor de promotie van het fietsen. Het zou efficiënter zijn om de politici te benaderen teneinde de grote lanen van de hoofdstad, van parkings en fietspaden te voorzien. Dat zou bruikbaar en doeltreffend zijn.
De verouderde hoge woontorens kenmerken de buurt van Andriy en Tanya. Ook de torens uit de Sovjetperiode zijn in slechte staat. Daarenboven verbouwt iedereen zijn appartement met een terras of nieuwe ramen, echter zonder aanwezige reglementering, dus zonder regels. De oude woonblokken worden er niet fraaier door. De nieuwe woontorens, even saai en zonder enige charme, zijn het resultaat van de immo promotoren die misbruik maken van de laksheid van de locale politici. De eenvoudige woonéénheden waarborgen een onderdak voor de mensen in de stad maar de infrastructuur en de ruimtelijke ordening laten te wensen over. Er zijn geen parkings, scholen, crèches, noch sociale aangelegenheden. En uiteraard geen fietspaden. Nieuwe zitbanken zie je her en der op straat, ze vermelden wel de naam van de politicus die ze besteld hebben. Zitbankliefhebbers worden verwacht…
Jeugdverenigingen hebben een mountain bike-parcours aangelegd op braakliggende gronden in de omgeving. Nu kan het nog. Dat is pas ondernemend!
Even verderop wijst Andriy op geschreven tekst op de muren van gebouwen: het is het adres van de dichtstbijzijnde schuilplaats tegen een Russische aanval of invasie.
In het kerkhof wijst Andriy op de graven van overleden soldaten na hun gevecht in het Oosten. Toch is het geen militair kerkhof. Aan de militairen die aan het front gesneuveld zijn, wordt geld noch ceremonie besteed. Andriy is er echter van overtuigd dat de oorlog in het Oosten van Oekraïne méér is dan een gewapend conflict tussen de Pro Russische rebellen en het leger. Illegale radio’s zenden haatliederen uit die tot geweld aanzetten. Ook milities zijn tegen het regime en gaan gewapend tegen het Oekraïnse leger aan. De economische situatie verandert hierdoor: de import van buitenlandse goederen wordt bevorderd maar de modale Oekraïner wordt in de steek gelaten, of er nu Russische of Oekraïense taal gesproken wordt. De politiek en de bevolking zijn niet éénsgezind.

ENGLISH

I enter Kiev city limits after 5850 km on my bike. The most eastern point on Route60. Andriy and his girlfriend Tanya live in a flat allocated to the « Donbass Refugees ». Andriy fled the eastern part of Ukraine (Donbass) because of the fights between Pro-Russian troops and the Ukrainians. His brother left the family house as well as the Pro-Russians noticed a picture of him with Ukrainian flags in the background. And no one knows if the house still stands….
Andriy and Tanya’s rented flat has no isolation and looks unfinished without even a complete kitchen. Tanya is a painter and does not hesitate to paint the wall of the grey appartement. Andriy started his career as a journalist in the Soviet era. That job was considered ‘easy’ by the authorities and not well paid. After the fall of communism most journalist enjoyed free meals at receptions of private companies in exchange of a well-reasoned article. And the chance to make ends meet every month.
Andriy jumps on his bike every weekend to cycle around Kiev. Cycling infrastructure is scarce and the cycling association is more into organising cycling events than into reaching politicians. The neighbourhood in the suburbs of Kiev lacks any form of spatial planning. New apartment building almost as ugly as the old ones are sprouting like weeds but there are no schools, no kindergarten nor parkings around it. The street is at the mercy of real estate promotors.
Existing buildings are being equipped with new double glazed windows but every window has a different colour and scheme. Young people built a mountain bike race track in one of the abandoned parks. Local politicians do they share of the work to make it a better place by putting brand-new benches….with their names on it! In the local cemetery it’s not always clear if the buried soldiers were official servicemen or member of a militia army.
Besides corruption, Andriy thinks Ukraine is plagued by unofficial radios broadcasting hateful songs and the military way of thinking still sickens society. Russia’s invasion of the Donbass steer some tension amongst Ukrainians and some politicians take this opportunity to gain power. Some walls are tagged with the address of the place to shelter in case of military invasion. One of the few certainties for Andriy and many others in the neighbourhood.